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Journal of Breath Research

Ça sent l’«algo » à plein nez, ou le SDRC aurait-il une odeur ?

2.01
février 2019
Autres

Le Syndrome Douloureux Régional Complexe (SDRC) se diagnostique grâce aux critères de de Budapest validés par l’IASP (2011) : douleur disproportionnée par rapport à l’évènement initial associée à une dysfonction vaso-motrice, sudo-motrice, trophique et somato-sensorielle. Le diagnostic n’est cependant pas aisé et aucun examen gold-standard ne permet de confirmer les hypothèses cliniques. Il requiert donc un avis spécialisé, par définition rare, ce qui entraîne des retards de prise en charge, une altération de la qualité de vie des patients et des surcoûts en santé. Certains chercheurs essaient donc de trouver des biomarqueurs spécifiques afin d’en faciliter le diagnostic et le traitement.

 

L’Interleukine2 (Il2) est connu pour son implication dans la régulation, l’activation, la prolifération et la survie des lymphocytes T. Il a déjà été montré dans les cas de sarcoïdose une augmentation de son taux circulant. Dans l’hypothèse que le SDRC serait, comme la sarcoïdose, une maladie inflammatoire systémique, la mesure de l’Il2 pourrait aider à son diagnostic et justifier d’un traitement par immuno-modulateurs. Le TNFa est également supposé jouer un rôle important dans le SDRC. Dragonieri et al. publiaient en 2013 dans Respiratory Medicine qu’un « nez électronique » appelé Aeonose™ était capable d’analyser dans l’air expiré par les patients le « volatome » et de différencier grâce à cette analyse les patients souffrant d’une sarcoïdose des patients sains.

Le volatome est constitué de 3 types de Composés Organiques Volatiles (COV) :

les COV exogènes, résultants directement de l’alimentation et de l’environnement inhalé,

les COV endogènes produits par le métabolisme,

les COV microbiaux, produits par les micro-organismes de la bouche, des poumons et des intestins.

Le nez electronique fonctionne en analysant la variation de la conductivité à la surface de ces 3 capteurs en métal en présence des volatiles contenus dans l’air expiré pendant 5 minutes.

Un logiciel produit ensuite des « courbes d’haleine » ou « profils odorants » composées de plus de 2000 valeurs de conductivité par capteurs.

La modélisation de ces courbes permet d’identifier des profils. C’est enfin une intelligence artificielle à qui on a appris qu’à telle courbe correspondait un patient avec telles pathologies ou caractéristiques physiques, qui produit le diagnostic. C’est ainsi que le nez électronique a aussi pu reconnaitre des patients atteints de tuberculose, de cancer du poumon, de cancer de l’estomac et encore plus curieux, des patients atteints de carcinome de prostate !

Devant ces annonces prometteuses, EJ. Bijl ont proposé un protocole cherchant a testé l’odorat de ce Nez sur les patients souffrant de SDRC.  Ils ont ainsi inclus 72 patients (36 sujets sains et 36 souffrant de SDRC selon les critères diagnostics de Budapest). Ils ont veillé à apparier les groupes en âge et en sexe, en revanche les deux groupes étaient sans grande surprise bien différents en termes de co-morbidités. On peut dire que le « Nez » a passé le test haut la main avec une sensibilité de 83%, une spécificité de 79%, une valeur prédictive positive de 79% et une valeur prédictive négative de 82 %. Si l’on regarde un peu plus les détails on ne sait pas réellement si le Nez a détecté un SDRC ou s’il a détecté la douleur chronique, ou bien toutes les autres co-morbidités retrouvées dans le groupe de douloureux et absent dans le groupe contrôle.

 

Par ailleurs le SDRC reste un diagnostic clinique qui peut être parfois porté à tort, or en absence de d’examen complémentaire fiable nul ne peut certifier le diagnostic…donc garantir le flaire du « Nez ». En ce qui concerne les facteurs confondants, il semblerait pour les spécialistes du volatome que les caractéristiques génétiques, le statut physiologique, et le mode de vie soit déterminant. Ils n’ont pas été pris en compte dans cette étude. On ne peut donc absolument pas dire que les deux groupes ne diffèrent que par la présence ou non d’un SDRC.

 

Hyppocrate le disait déjà il y a 2400 ans « Il faut examiner les humeurs du malade aussi bien avec les yeux, qu’avec la langue ou ses narines ». L’odeur de « pomme verte » de l’acido-cétose, de « musc » de l’hépatite, de « foin » » du diabétique ou encore de « pain cuit » de la scarlatine sont encore enseignées de nos jours mais plus à titre anecdotique. Les examens biologiques nous ont, depuis longtemps, épargné de « goûter » les « humeurs » de nos patients. Le « nez » artificiel, en remplaçant ainsi nos narines, pourrait ainsi dans les années à venir, enrichir (à nouveau)  notre sémiologie et notre Art.

Reference

Else Bijl, George Groeneweg, Daan Wesselius, Dirk Stronks and Frank Huygen

Diagnosing Complex Regional Pain Syndrome using an electronic nose, a pilot study,

Journal of Breath Research, dec. 2018

Auteur

Amélie Levesque

Consultations d' Algies pelvipérinéales, service d'urologie CHU Nantes