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Clinical Gastroenterology and Hepatology

Cannabis : un antalgique fumeux ?

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octobre 2016
Autres
Le cannabis est depuis longtemps un sujet à controverse concernant son utilisation médicale en général et antalgique en particulier. Facilement accessible dans certains pays comme le Canada, sa prescription est très réglementée dans d’autres, du fait de sa balance bénéfices/risques. Une étude a montré que le Tétrahydrocannabinol interférait dans les connexions entre le complexe amygdalien et le cortex somato-sensoriel S1. Le THC pourrait par conséquent moduler la perception affective de la douleur chronique. Une équipe hollandaise a donc testé (versus placebo, en double aveugle, randomisé) une nouvelle pastille orale à base de THC naturel purifié chez les malades souffrant de douleur abdominale chronique sur pancréatite chronique et post-chirurgie abdominale, en complément du traitement antalgique antérieur. L’augmentation posologique a été progressive ; J1-J5 : 3mg x3/j ; J6-J10 : 5mg x 3/j ; J11-J52, fin d’étude : 8mg x 3/j. Une diminution à 5mg x 3/j était permise si apparition d’effet secondaire à 8mg x 3/j. L’objectif principal était la diminution de l’EVA moyenne à J52 par rapport à J-5. Les critères d’évaluation secondaires étaient le PGIC, le catastrophisme / anxiété liés à la douleur, la dépression, SF-36, les variations de poids, satisfaction au traitement. Au total, 62 patients ont été randomisés ; 30 ont reçu le traitement et 32 le placebo. Des interruptions du suivi sont survenues et seuls 50 patients (respectivement, n= 21 et n=29) ont été retenus pour l’analyse d’efficacité ; l’analyse de tolérance a porté sur les 62 malades. Les inclusions ont été arrêtées prématurément pour cause de recrutement faible. L’EVA moyenne initiale était de 4/10 et 5,2/10 respectivement pour le groupe THC et le placebo ; la diminution de l’EVA à la fin de l’étude était respectivement de -1,6 et -1,9 ; il n’y a pas eu de différence significative entre les sous-groupes étiologiques. De même, aucun des critères secondaires n’a significativement différé dans le groupe THC par rapport au contrôle. Les tests de pharmacocinétique ont montré des tmax relativement tardifs et des Cmax bas indépendamment des doses. 7 sorties d’étude pour cause de mauvaise tolérance ont été comptabilisées dans le groupe THC et 2 dans le contrôle. Tous les effets indésirables étaient légers à modérés et ont régressé à l’arrêt du traitement. 
Encore une fois, une étude portant sur le cannabis dans le traitement des douleurs chroniques ne montre pas de résultat probant. La molécule n’a-t-elle effectivement aucun effet antalgique ? Les doses étaient-elles trop basses au vu de la biodisponibilité de la molécule ? Le nombre de patients était-il trop faible et les indications trop hétérogènes ? La méthodologie de l’étude était-elle adaptée ? Questions que l’on se pose à la lecture de cet article qui rapporte une étude certes ambitieuse et intéressante dans ses objectifs et ses indications, mais pêche par manque de précision dans la méthodologie. Il serait donc intéressant de continuer de planer sur cette piste à la recherche de résultats moins fumeux …

Reference

De Vries M, Van Rijckevorsel D, Vissers K, Wilder-Smith O, Van Goorn H.
Tetrahydrocannabinol Does not Reduce Pain in Patients With Chronic Abdominal Pain in a Phase 2 Placebo-controlled Study, Clinical Gastroenterology and Hepatology, In Press, Accepted Manuscript

Auteur

Rodrigue Deleens

Coordonnateur et directeur de la publication/Responsable éditorial Praticien Hospitalier -Centre d'Évaluation et de Traitement de la Douleur CHU de Rouen Médecin attaché, CETD Hôtel Dieu, AP-HP