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Pain and Therapy

De la mélatonine pour endormir vos douleurs

2.01
juin 2016
Autres

La mélatonine est connue pour avoir une fonction importante dans la régulation du rythme circadien qui gouverne des processus biologiques tels que le cycle veille-sommeil. On sait que son dérèglement favorise l’apparition d’états pathologiques incluant des douleurs et que les manifestations de douleurs chroniques s’accompagnent très fréquemment de troubles du sommeil. Considérer la mélatonine comme un outil qui permettrait une diminution des douleurs, notamment par l’amélioration du sommeil, semble donc logique. Mais cette action est-elle bien réelle, quels en sont les mécanismes directs ou indirects ? Cet article présente une synthèse des mécanismes physiologiques à l’origine du pouvoir antalgique de la mélatonine. Il rapporte les effets de cette molécule dans différents modèles animaux de douleur et propose une revue de la littérature, qui offre une vue synoptique de son action lors de différentes pathologies douloureuses. On retiendra ainsi que la mélatonine, dont l’action est transmise par les récepteurs membranaires MT1 et MT2, localisés dans le SNC, possède un pouvoir antinociceptif de mécanisme complexe et un effet analgésique important lors de douleurs neuropathiques. Une action anti-inflammatoire par l’activation de récepteurs nucléaires est également constatée. Enfin, il est rappelé que la mélatonine provoque une inhibition des canaux calciques et une stimulation du système GABAergique. L’étude des modèles animaux confirme que la mélatonine entrave le développement de la sensibilisation centrale engendrée par des lésions neurologiques périphériques, augmente les seuils de la douleur et réduit les manifestations d’hyperalgésie. Chez l’humain, une action bénéfique de la mélatonine ou de ses agonistes est retrouvée dans de nombreuses situations pathologiques. Elle diminuerait ainsi la fréquence, l’intensité et la durée des crises de migraine. L’intensité douloureuse serait aussi réduite lors d’algies vasculaires de la face et de céphalées de tension. Les traitements standards de la lombalgie deviennent plus efficaces lorsqu’ils sont combinés à de la mélatonine. Elle favorise en outre le transit et réduit les douleurs abdominales dans les troubles fonctionnels intestinaux. Si la mélatonine seule produit moins d’effets sur la fatigue, l’anxiété, la raideur matinale et la dépression que la fluoxétine chez les fibromyalgiques, leur association apporte un bénéfice supérieur significatif. Toujours chez les fibromyalgiques, la mélatonine se révèle plus efficace sur les douleurs et les troubles du sommeil que l’amitriptyline seule. À l’inverse, chez les patients souffrant de polyarthrite rhumathoïdes, la mélatonine aurait plutôt une influence négative en favorisant la sécrétion périphérique de cytokine, bien qu’elle inhibe la matrice enzymatique à l’origine de la destruction articulaire. L’article omet de donner des informations concernant les effets indésirables ; de plus, les posologies et modalités d’administration répertoriées sont si variées qu’il est difficile de faire surgir une procédure type. On retiendra néanmoins que la mélatonine, qui possède une fonction chronobiologique favorisant le maintien d’un sommeil de bonne qualité, permet également une antalgie non négligeable dans de multiples situations douloureuses et qu’elle semble être un bon complément aux traitements spécifiques des pathologies douloureuses.

Reference

Danilov A, Kurganova J.
Melatonin in Chronic Pain Syndromes. Pain Ther 2016;5(1):1-17. 

Auteur

Rodrigue Deleens

Coordonnateur et directeur de la publication/Responsable éditorial Praticien Hospitalier -Centre d'Évaluation et de Traitement de la Douleur CHU de Rouen Médecin attaché, CETD Hôtel Dieu, AP-HP