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Douleurs : Evaluation - Diagnostic - Traitement

Douleur en cancérologie : « peut (beaucoup) mieux faire » !

2.01
avril 2019
Douleur et cancer

Depuis près de 30 ans, des progrès importants ont été réalisés sur le plan thérapeutique et diagnostique en cancérologie. La mortalité diminue, mais il persiste un point noir : la douleur. Malgré des recommandations régulièrement actualisées, des paliers de l’OMS (proposés en 1986 et correspondant aux niveaux d’intensité douloureuse pour des douleurs nociceptives) et malgré des plans, des actions, une meilleure connaissance de l’aspect bio-psycho-social de la douleur chronique et des différents types de douleurs (nociceptive, neuropathique…), la prévalence des patients douloureux reste élevée. Des chiffres qui illustrent bien la situation : 400000 nouveaux cas de cancer en 2017 et selon les études de 54% à 77% de patients douloureux, d’autant plus lors des phases avancées. Depuis leur définition, les paliers de l’OMS devraient permettre un soulagement des douleurs dans 70 à 90% des cas. Or, il n’en est rien. Leur prévalence entre 1966 et 2005 et entre 2005 et 2014 n’est pas modifiée. Quelles en sont les raisons ? L’auteur évoque la possibilité de « passer à côté » du bon mécanisme. En effet, les douleurs du cancer sont souvent mixtes : nociceptives (liées au développement de la tumeur, des soupes inflammatoires chimiques, mais aussi les actes de chirurgie, de radiothérapie) et neuropathiques (compression nerveuse, traumatisme chirurgical, neurotoxicité des chimiothérapies ou de la radiothérapie…). De facto, les paliers OMS n’auront pas un impact majeur sur ces dernières douleur car adaptées aux mécanismes nociceptifs. Autre hypothèse : la part anxieuse de la douleur dans un contexte très spécifique, celle-ci ne sera pas non plus gérée par les paliers OMS… La notion de retard à la prise ne compte de la douleur est également un facteur. Culturellement : « c’est normal d’avoir mal avec un cancer »…, ces croyances, les peurs liées à la maladie mais également aux traitements, notamment opioïdes forts ont un retentissement sur le délai de prise en charge.
 

Il est nécessaire de nous remettre en cause, la prise en charge de la douleur en cancérologie ne s’est pas améliorée… ! Il parait nécessaire de mieux évaluer et comprendre la douleur dans ce contexte : ses mécanismes (d’où la notion plus intéressante de classement des antalgiques par leur modes d’action, classification dite de Lussier et Beaulieu, plus de les 3 paliers OMS), ses composantes (notamment thymique), et travailler sur les peurs et les croyances de cette maladie, des traitements opioïdes notamment dans un contexte actuel compliqué.

 

Reference

Treillet Erwan
 La douleur du cancer, d’hier à aujourd’hui…elle persiste ! Mais pourquoi ?, Douleurs, in press

Auteur

Rodrigue Deleens

Coordonnateur et directeur de la publication/Responsable éditorial Praticien Hospitalier -Centre d'Évaluation et de Traitement de la Douleur CHU de Rouen Médecin attaché, CETD Hôtel Dieu, AP-HP