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The Journal of Pain

Douleur et souffrance morale : pas de diagnostic, pas de chocolat ?

2.01
février 2013
Psychologie de la douleur

Les études en population générale montrent qu’il est difficile de croire en la douleur des autres en l’absence de diagnostic médical établi. Cette croyance s’associe alors à de faibles niveaux de compassion, de résonance émotionnelle, de motivation à aider le sujet douloureux dans ses activités quotidiennes et d'hétéro-évaluation de l’intensité douloureuse (variables dépendantes). Les auteurs de cette étude récente formulent l’hypothèse suivante : la perception de difficultés psychosociales chez le patient douloureux favoriserait également ces faibles niveaux. Ils ont proposé à 81 sujets sains de visionner des photographies (visages douloureux) puis des vidéos représentant de « vrais » patients douloureux en consultation, en fournissant une information verbale sur chaque patient présenté. L'information fournie était variable, les chercheurs ayant défini 4 modalités : présence versus absence d’information sur un contexte psychosocial défavorable (CPSD), présence versus absence de diagnostic médical. Les résultats statistiques montrent, pour toutes les variables citées plus haut, des niveaux significativement plus bas quand aucun diagnostic médical n’est donné aux sujets. Par contre, le CPSD n'a pas d'influence significative. Étonnés par ce dernier résultat, les auteurs ont renouvelé leur étude avec de nouveaux sujets en modifiant, notamment, les informations données sur le CPSD. Malgré cela, les résultats sont identiques aux précédents, sauf pour la résonance émotionnelle, significativement plus basse en présence du CPSD. Même si l'hypothèse de travail n'est pas vérifiée, cette étude présente deux intérêts. C’est tout d’abord la première à étudier les réponses de sujets sains face à de « vrais » patients : elle invite donc les professionnels de santé à s'interroger sur leurs propres réactions face aux patients douloureux. Elle pose également de nouvelles questions et ouvre la voie à d’autres études : quelle est la nature des biais cognitifs (erreurs de logique) pouvant intervenir dans l’évaluation de l’intensité douloureuse auprès des patients en souffrance psychologique manifeste et sans diagnostic médical connu ? Existent-ils chez l’entourage du patient douloureux ? Quelles conséquences peuvent avoir ces biais de l’environnement social et soignant sur la prise en charge de la douleur et indirectement sur l’état psychologique du patient ?

Reference

De Ruddere L, Goubert L, Vervoort T, Prkachin KM, Crombez G. We discount the pain of others when pain has no medical explanation. J Pain 2012;13:1198-205.

Auteur

Dr Florentin Clère