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Douleurs : Evaluation - Diagnostic - Traitement

Douleurs liées au cancer : de la nécessité d’évaluer l’impact des thérapies complémentaires

1.02
mars 2014
Douleur et cancer

Les thérapies dites complémentaires – notamment la musicothérapie – font aujourd’hui partie intégrante de notre approche pluriprofessionnelle et multidimensionnelle de la douleur chronique. On sait la difficulté de prise en charge des douleurs liées au cancer, à la fois par leurs complexités sur le plan physiopathologique, mais aussi, en fonction du stade de la maladie et des traitements du cancer, par l’intrication fréquente de comorbidités et de iatrogénies, elle-même possiblement pourvoyeuses de douleurs. Cette étude prospective évalue en critère principal l’impact de la musicothérapie réceptive sur la douleur de patients atteints d’un cancer, hospitalisés ou suivis en ambulatoire. Les critères secondaires évaluent quant à eux l’impact de la séance sur l’anxiété, la qualité de vie (qui s’avère davantage une évaluation qualitative de satisfaction du patient), et le ressenti des équipes soignantes sur la pratique. La musicothérapie réceptive, la plus pratiquée en France, est basée sur une écoute musicale, contrairement à la musicothérapie active qui consiste en une pratique instrumentale.
Sur les 24 patients initialement sélectionnés selon le critère suivant : « EVA douleur et/ou anxiété supérieure à 3 dans les dernières 24 heures », seuls 12 ont été inclus car présentant une EVA douleur supérieure ou égale à 3 juste avant les séances : l’intensité douloureuse moyenne était à 4,97 ±1,65 sur l’EVA. À la fin de la séance, l’EVA mesurée en moyenne était de 2,07 ±1,79, et 30 minutes après la fin de la séance, elle était en moyenne de 2 ±2,1, les améliorations observées étant jugées significatives. Il nous est annoncé une réduction de près de 60 % de l’intensité douloureuse pendant ou après la séance de musicothérapie.
Si cette étude décrit parfaitement les protocoles de musicothérapie recommandés et présente des objectifs pertinents, la méthodologie globale et le design restent globalement frustrants. Les critères de non-inclusion par exemple : si les items « épilepsie audiogène et/ou musicogénique » ou « déficience majeure de la fonction auditive » sont clairs, comment peut-on exclure un patient sur le critère « admis en soins palliatifs » ? Il me semble que cette formulation peu précise reste stigmatisante et exclut des patients pourtant potentiellement à même d’évaluer les séances. De même, on est surpris qu’il n’y ait pas d’autres critères d’exclusion, comme les troubles cognitifs sévères liés ou non aux localisations cérébrales secondaires éventuelles : un patient dément peut-il évaluer sa douleur sur une EVA ? Par ailleurs, il n’est aucunement fait état des traitements intercurrents (ou de leurs changements récents éventuels pouvant impacter la douleur) : traitements du cancer  (chimiothérapies, thérapies ciblées, radiothérapies) ou antalgiques, notamment les morphiniques d’action rapide, qui auraient pu être utilisés avant les séances.
Au final, on ne peut que saluer le positionnement de cette étude présentée comme préliminaire, qui donne à la musicothérapie réceptive un statut de ressource en soins oncologiques de support, à travers une pratique cadrée et évaluée, ainsi qu’une recherche bibliographique exhaustive. Mais on regrette une inclusion de patients limitée et une méthodologie méritant d’être davantage appuyée pour crédibiliser cette ressource.

Reference

Jourt-Pineau C, Guétin S, Védrine L, Le Moulec S, Poirier JM, Ceccaldi B. Effets de la musicothérapie sur la douleur et l’anxiété des patients atteints de cancer hospitalisés et/ou suivis en service d’oncologie. Douleurs 2013;14:200-7.

Auteur

Dr Antoine Lemaire