Vous êtes ici

Douleur et Analgésie

On a fait toute la lumière sur le traitement de la douleur chronique !

2.01
juin 2017
Autres

Dans cet article des chercheurs canadiens très enthousiastes proposent de décrire une thérapeutique pleine d’avenir pour le soulagement des douleurs chroniques : l’optogénétique. Derrière ce terme barbare se trouve une technique utilisant à la fois des protéines génétiquement encodées et optiquement actives : les opsines, et une stimulation lumineuse contrôlée, n’envoyant qu’une longueur d’onde déterminée. La lumière envoyée très précisément sur l’opsine va permettre l’activation de celle-ci et moduler directement l’acticité du neurone, par ouverture d’un canal ionique par exemple, entrainant une entrée massive de cations puis la dépolarisation neuronale et ainsi  la génération d’un potentiel d’action.  Cette technique permet donc de cibler de façon extrêmement spécifique des sous-groupes de neurones, et pourrait être appliquée dans le champ de la douleur chronique en visant les neurones à la source de la modulation douloureuse que ce soit au niveau périphérique ou au niveau du système nerveux central. L’intérêt principal est de proposer une thérapeutique dénuée d’effets secondaires, à la différence des traitements pharmacologiques proposés actuellement. Les études à l’heure actuelle ne portent que chez la souris et le rat mais montrent des résultats tout à faire prometteurs. Au niveau central, la stimulation optogénétique des neurones du cortex cingulaire antérieur (ACC) diminue de façon importante la douleur chez l’animal. De plus chez les souris qui expriment l’opsine  ChR2 dans les neurones sérotoninergiques de la médulla rostro ventrale, une seule stimulation lumineuse produit une sensibilisation thermique et mécanique durant 4 jours. Pour des stimulations lumineuses répétées on retrouve une hypersensibilité durant jusqu’à 14 jours. Ces résultats montrent que la modulation optogénétique des trajets de la douleur est suffisante pour entraîner une plasticité qui peut mener à des modifications à long terme de la circuiterie neuronale.  Au niveau périphérique, un exemple est l’inhibition optogénétique aiguë et prolongée des terminaisons périphériques des fibres afférentes Nav1.8+, qui soulage l’hypersensibilité inflammatoire et neuropathique. La mise ne place chez l’être humain nécessite plusieurs conditions : l’expression d’opsines dans des populations cellulaires spécifiques, et la stimulation lumineuse à longueur d’onde appropriée (via une stimulation laser par exemple). Une stratégie envisagée pour apporter les opsines exogènes dans le système nerveux est l’infection virale d’une région spécifique.

Les contraintes de l’utilisation de l’optogénétique chez l’être humain sont la nécessité d’administrations répétées de virus à intervalles réguliers pour maintenir un niveau d’expression des opsines optimal et la possibilité de réaction immunitaire et inflammatoire suite à l’infection virale. Des travaux chez les primates sont en cours pour évaluer ces effets.

Cette nouvelle technique présente donc un fort potentiel clinique, mais quelques années seront encore nécessaires avant de  voir sa mise en application.

Reference

H. Beaudry, I. Daou, A. Ribeiro-da-Silva, P. Séguéla.
Optogénétique et douleur chronique : une stratégie applicable chez l’humain ? Douleur analg. Décembre 2016 ; 29, 232-240

Auteur

Dr. Aurore Maire

Service de Médecine de la douleur médecine palliative Hôpital Lariboisière Conférences : invitations en qualité d’auditeur (Grunenthal)