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PAIN

Internet, le nouveau guérisseur ?

2.01
octobre 2015
Organisation de la prise en charge de la douleur

Internet est désormais incontournable dans notre vie quotidienne. Dans la littérature médicale, de plus en plus d’équipes s’intéressent à son apport dans la prise en charge des patients douloureux chroniques. Quel rôle allons-nous jouer dans ce duo patient-internet ? Cette étude australienne a pour objectifs d’étudier le bénéfice d’un programme éducatif chez ces patients Elle étudie surtout l’impact du temps d’intervention des professionnels de santé sur la réussite de ce programme. Quatre cent quatre-vingt-dix patients douloureux chroniques ont été randomisés en quatre groupes :
-    contact régulier (n = 143) hebdomadaire, de 10 à15 minutes ;
-    contact en option (n = 141), les patients étaient alors avertis une fois par semaine qu’ils pouvaient entrer en contact pendant 15 minutes ;
-    pas de contact (n = 131) ;
-    groupe contrôle (n = 75) sur liste d’attente du programme.
Le type de pathologie douloureuse n’a pas été un critère d’inclusion, le caractère chronique étant suffisant. Les patients traités recevaient cinq cours sur 8 semaines via un support informatique construit sur les principes des thérapies cognitives et comportementales (TCC). Les professionnels de santé étaient des psychologues formés aux TCC et intervenaient via mails/appels téléphoniques. L’objectif de leurs interventions était de renforcer leurs progrès et leurs motivations à mettre en application les exercices du programme. Les résultats obtenus étaient l’amélioration significative des scores portant sur le handicap (réduction > 18 %), sur l’anxiété (réduction > 32 %), sur la dépression (réduction > 36 %) et sur la douleur moyenne (réduction > 12 %) dans les groupes traités. Ces scores étaient maintenus à 3 mois de la fin du programme. En revanche aucune différence significative de ces scores n’a été obtenue au sein des trois groupes traités. 
Le temps passé avec les patients n’a-t-il donc eu aucun impact ? Il semble que l’amélioration de la qualité de vie soit davantage liée au programme qu’à l’accompagnement, même minimum, d’un professionnel de santé. Cette étude confirme l’intérêt informatif et éducatif de l’internet pour nos patients souffrant de pathologies chroniques. Quand on connaît le temps d’attente pour les consultations en service douleur, l’internet est un outil de choix, surtout si un contact minimum a le même impact qu’un contact régulier, forcément plus chronophage.
Mais comment construire ce programme ? Doit-on cibler le programme sur une pathologie (migraine, fibromyalgie..) ou considérer le patient douloureux chronique dans son ensemble, comme ici ? Combien de séances ? Quelle durée ? Quel suivi à long terme quand on sait que dans les programmes éducatifs la perte de motivation à maintenir les changements  est la principale cause de « rechute » ? Cette étude nous propose 3 mois de recul, mais pour des patients chroniques c’est bien peu ! De nombreuses questions pratiques restent en suspens et limitent certainement la généralisation de cet outil dans notre consultation. Pourtant l’heure d’internet est bien là, soyons prêt !

 

Reference

Dear BF, Gandy M, Karin E, et al.
The Pain Course: a randomised controlled trial examining an internet-delivered pain management program when provided with different levels of clinician support. Pain 2015;156(10):1920-35.

Auteur

Dr Alix Dousset

Médecin généraliste, Algologue Hôpital Saint Joseph à Marseille Liens d'intérêts : Interventions ponctuelles : activités de conseil (Astellas, BMS)