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Médecine Palliative : Soins de Support - Accompagnement - Éthique

La douleur enfermée derrière les barreaux de ses échelles ?

1.02
juin 2013
Organisation de la prise en charge de la douleur

L'auteur de cet article propose au lecteur de la revue "Médecine Palliative" un regard éthique sur l'utilisation des échelles d'auto-évaluation de la douleur : il en résulte une vraie analyse bénéfice-risque, comme il devrait en exister dans de nombreux champs thérapeutiques… Une chose est sûre, le développement des "réglettes" (et de leurs dérivés électroniques) présente de nombreux avantages : - développement chez les soignants d'une culture du dépistage et de l'évaluation de la douleur chez tous les patients ; - établissement d'un langage commun soignant-soigné ; - évaluation plus objective (moins interprétative) qu'une hétéro-évaluation ; - mesure fiable et répétée de l'efficacité des traitements antalgiques. Présentées de cette façon, les échelles d'évaluation de l'intensité douloureuse semblent des outils proches de l'idéal… Pourtant, l'auteur pose des questions pertinentes, en confrontant la subjectivité de chaque individu au caractère normatif de ces échelles. Un chiffre, une procédure, un traitement : ce type de schéma simpliste peut-il répondre à l'ensemble des situations rencontrées ? L'ensemble des composantes de la douleur et de ses retentissements peut-il être évalué par un seul chiffre ? Créées par des scientifiques, ces échelles sont-elles adaptées aux besoins des patients et ne risquent-elle pas d'amener le soignant vers un modèle figé, déshumanisé, donc inadéquat ? Privilégier un modèle mathématique : une façon rassurante de minimiser la plainte douloureuse plutôt que de l'entendre ? Le développement d'outils dématérialisés (dans les nuages) ne va-t-il pas enfermer le malade dans sa solitude au lieu de l'aider à exprimer sa douleur aux autres ? Toutes ces questions témoignent d'une vraie réflexion éthique, humaniste, mais malheureusement incomplète puisqu'elle ne prend pas en compte la différence fondamentale entre la douleur aiguë (symptôme le plus souvent résolutif) et le syndrome douloureux chronique (véritable maladie chronique, non guérissable). Les échelles citées dans cet article sont d'excellents outils pour évaluer l'intensité d'une douleur aiguë, mais elles sont très insuffisantes, voire inutiles, dans un contexte de douleur chronique. Si ces concepts avait été clarifiés dès le début, l'auteur aurait peut-être proposé une conclusion plus nuancée, ne renvoyant pas dos à dos une médecine "techniciste" et le "besoin d'écoute et de reconnaissance" des patients…

Reference

Dutier A. Eléments de réflexion éthique sur l'utilisation des outils d'auto-évaluation de la douleur. Médecine Palliative 2013;12:90-4.

Auteur

Dr Florentin Clère