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Revue d'Épidémiologie et de Santé Publique

La douleur à l’hôpital : évaluée ? Patients satisfaits ? Telles sont les questions…

3
janvier 2013
Organisation de la prise en charge de la douleur

La douleur est un symptôme très présent dans tous les secteurs d’hospitalisation : médecine, chirurgie, obstétrique, réanimation ou psychiatrie. Après trois « plans douleur » et 10 ans après le premier, les auteurs de cet article ont voulu analyser et évaluer sa prise en charge dans les secteurs précédemment cités, au cours d’une étude un jour donné.

Trente-huit unités ont été concernées, incluant 1214 patients hospitalisés. Avec le soutien des Comités de Lutte contre la Douleur, grâce aux équipes médicales et paramédicales, les patients furent interrogés sur les caractéristiques de leur douleur (intensité, durée, localisation…) et sur leur propre perception de la qualité de la prise en charge : satisfaction, implication des équipes.

La prévalence de la douleur au cours des dernières 24h était de 59%, elle était plus intense dans les secteurs de chirurgie, obstétrique que dans les services de réanimation, médecine ou psychiatrie. Les patients présentant des douleurs chroniques (37%) décrivaient des intensités douloureuses maximales plus élevées (EVA de 63+/- 25 vs 57 +/- 27 mm en cas de douleur aiguë). Seule une petite majorité de dossiers comportaient la trace d’une évaluation de l’intensité douloureuse (65%) et d’une réponse thérapeutique (71%).

Ces informations ne sont pas réellement nouvelles, et c’est dans la seconde partie de l’article que des corrélations statistiques (Odd Ratio en analyse multivariée) sont présentées :

- La satisfaction du patient était meilleure s’il ressentait une implication active des soignants et si le soulagement de la douleur était au rendez-vous.

- Le soulagement était plus important si le séjour hospitalier était plus court et si l’intensité de la douleur était évaluée.

- Le sentiment d’implication réelle des soignants augmentait en cas de douleur aiguë, si la douleur était évaluée, si la réponse thérapeutique était rapide et si le patient était encouragé à demander un traitement.

Au total, 81% des patients interrogés s’estimaient satisfaits de leur prise en charge, avec de meilleurs résultats dans les secteurs de chirurgie et d’obstétrique qu’en médecine. La satisfaction était clairement corrélée au vécu du patient en termes d’implication des soignants (évaluation de la douleur, rapidité et efficacité de la réponse thérapeutique). Cette étude confirme l’importance d’une bonne évaluation, qualitative et quantitative, de la douleur chez tous les patients hospitalisés.

Certification, indicateurs pour l'amélioration de la qualité et de la sécurité des soins (IPAQSS), enquêtes de satisfaction (SAPHORA) : la Haute Autorité de Santé multiplie les leviers pour inciter les établissements de santé à améliorer leurs pratiques. Parmi les thèmes prioritaires : la prise en charge de la douleur, évaluée et comparée entre établissements grâce à un indicateur de processus (la traçabilité de l'évaluation) et un indicateur de résultat (la satisfaction). Cet article de santé publique est particulièrement intéressant : dépassant le simple contexte réglementaire, il pénètre au cœur de la satisfaction du patient en identifiant les principales pièces du puzzle. Un complément qualitatif indispensable pour élaborer des actions d'amélioration pertinentes…

Reference

Bourdillon F, Tézenas du Montcel S, Collin E, Coutaux A, Lébeaupin E, Cesselin F, Bourgeois P. Determinants of patient satisfaction regarding pain care. Revue d'Épidémiologie et de Santé Publique 2012;60:455-62.

Auteur

Rodrigue Deleens

Coordonnateur et directeur de la publication/Responsable éditorial Praticien Hospitalier -Centre d'Évaluation et de Traitement de la Douleur CHU de Rouen Médecin attaché, CETD Hôtel Dieu, AP-HP