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Pain Medicine

La gabapentine : oui ou non ? Pour quelle céphalée ?

2.01
mars 2016
Céphalées et douleurs orofaciales

La gabapentine (GBP) est utilisée depuis 1993, avec une AMM de la FDA tout d’abord dans l’épilepsie partielle puis dès 1998 avec l’AMM pour les douleurs neuropathiques. Si son utilisation a progressivement été élargie, même sans AMM, sur des recommandations d’experts ou des retours d’expérience, il n’existe aujourd’hui pas d’AMM dans les céphalées, quel que soit leur type. Une méta-analyse Cochrane conclut que la GBP « n’est pas efficace pour la prophylaxie des épisodes migraineux chez l'adulte ». Les auteurs de cet article paru dans Pain Medicine ont voulu mettre en évidence de façon plus précise et également plus globale l’intérêt de cette molécule dans les différents types de céphalées. Une revue de la littérature a été réalisée, issue de publications indexées dans PubMed et Ovid MEDLINE entre 1983 et 2014. Deux cent quatre-vingt-douze références ont été sélectionnées, seules 56 répondaient aux critères et ont été analysées. Pour chaque type de céphalées, l’efficacité et/ou la tolérance de la GBP ont été colligées pour permettre d’élaborer une conclusion. Plusieurs études portaient sur la migraine, avec utilisation de la GBP comme traitement prophylactique, avec des posologies entre 1 200 mg et 200 mg par jour. Les résultats sont assez divers, soit significativement positifs en faveur de la GBP (Di Trapani, Mathew) soit sans différence avec le placebo (Di Trapani, Jimenez). Ils concernent le nombre de crises mensuelles ou leur intensité. Compte tenu de ces données disparates et des recommandations en vigueur, des études complémentaires devraient être mises en place. Concernant les céphalées de tension, deux études semblent montrer l’efficacité de cette molécule, avec augmentation du nombre de jours sans céphalée dans les groupes GBP (Spira et Beran). Dans les céphalées trigéminales autonomiques, des études concernaient les cluster headaches, les hemicrania continua (HC) et les SUNCT (short-lasting unilateral neuralgiform headache with conjunctival injection and tearing). Pour ces entités sémiologiques, la GBP semble apporter des résultats encourageant, notamment en 2ème intention, lors d’intolérance ou de contre-indication à la prise de vérapamil, lithium ou méthysergide (cluster headache), indométacine (HC) ou lamotrigine (SUNCT). Enfin, il est rapporté également des résultats positifs dans les céphalées liées à l’altitude, avec de petites doses de GBP, que ce soit en traitement prophylactique ou curatif. Ces résultats sont intéressants à prendre en compte, connaissant les recommandations d’experts en vigueur et la méta-analyse Cochrane, car les conclusions peuvent sembler se contredire. Les auteurs précisent que c’est la méthodologie qui fait apparaître ces différences, car ici les études ont été analysées individuellement alors que dans la Cochrane, les données étaient combinées.
Une fois encore, et il est presque de coutume de rajouter que « des études complémentaires devraient être mises en place » pour permettre d’avancer sur des recommandations claires et à niveau de preuve acceptable pour chaque type de céphalées.

 

Reference

Perloff MD, Berlin RK, Gillette M,et al.
Gabapentin in Headache Disorders: What Is the Evidence? Pain Med 2015 Sep 23. doi: 10.1111/pme.12931.
 

Auteur

Rodrigue Deleens

Coordonnateur et directeur de la publication/Responsable éditorial Praticien Hospitalier -Centre d'Évaluation et de Traitement de la Douleur CHU de Rouen Médecin attaché, CETD Hôtel Dieu, AP-HP