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Support Care Cancer

La neuropathie périphérique chimio induite une douleur rebelle… ? Pas pour l’équipe de Necker : Une nouvelle piste topique !!

2.01
mai 2019
Douleur et cancer

L’équipe de soins palliatifs de l’hôpital Necker propose une approche topique pour la prise en charge des neuropathies périphériques chimio-induites douloureuses : l’utilisation de crème d’amitriptyline fortement concentrée à 10%. Il s’agit d’une étude pilote prospective ouverte non contrôlée sur 44 patients. Les résultats sont saisissants : L’EN (Echelle Numérique) moyenne diminue de 5 points passant de 7 à 2 en un mois, elle évolue déjà de 7 à 4 en une semaine. La tolérance est excellente en dehors d’un patient ayant une dermatite atopique préalable qui a arrêté l’application de la crème pour irritation de la peau. L’application bi-quotidienne pendant au moins 30 minutes s’est faite chez 2 populations de patient : moins d’un mois sans traitement spécifique pour les neuropathies douloureuses et plus d’un mois avec traitement. Pour 11 patients, elle a permis de reprendre des doses de chimiothérapie à celles préalables qui a avaient été diminué du fait des douleurs.


Les questionnements qui en découlent sont multiples… Ces résultats passent-ils la barre du « contre placebo » ? Y a-t-il le même type d’efficacité sur des neuropathies « anciennes » souvent adressées après plusieurs mois, voire années d’évolution au spécialiste douleur dont l’accès est parfois long ? Quels positionnements ce type de traitement pourrait avoir dans le parcours patient : traitement topique pendant la chimiothérapie ? Quid de l’évolution naturelle des douleurs neuropathiques induites par la chimiothérapie ? (20% des patients arrêtent l’amitriptyline 10% après 1 mois de traitement en raison de soulagement total. Les auteurs proposent une efficacité à long terme mais n’est-ce pas une évolution naturelle ?) Le suivi proposé (appel à 48h, consultation à semaine 1, 2, 4 puis tous les mois) participe-t-il à cette efficacité ? Et bien sûr pour assouvir notre soif de connaissance : quel est le mécanisme physiopathologique?


Les auteurs avancent une réponse à cette question: « Le mécanisme impliqué est encore inconnu, mais le travail préclinique a démontré que l'administration locale d'amitriptyline produit des effets périphériques, des actions antinociceptives et antihyperalgiques dans des modèles de douleur inflammatoire et neuropathique chez le rat ».


Ainsi ces résultats sont beaucoup plus marqués que ceux retrouvés dans des études contrôlées contre placébo en double aveugle explorant des topiques moins concentré en amitriptyline (3 et 4%) et en association (kétamine, baclofène), ou que l’utilisation de traitement plus usuel comme la duloxetine qui montre une meilleure efficacité que le placebo pour les neuropathies douloureuses chimio induites mais qui n’apportant qu’une baisse de 1 points sur l’EN….

 

Cette étude, non contrôlée, sur une petite population et avec un suivi sur une durée assez brève ne permet pas d’obtenir des éléments de preuves suffisants mais ouvre des pistes à la discussion. Les traitements topiques  pour des douleurs localisées sont aujourd’hui privilégiés mais restent encore assez peu nombreux. Nous attendons donc avec impatience d’autres études contrôlées pour confirmer l’intérêt des topiques d’amitriptyline fortement concentrés !!

Reference

Rossignol J, Cozzi B, Liebaert F, Hatton S, Viallard ML, Hermine O, Greco C.

High concentration of topical amitriptyline for treating chemotherapy-induced neuropathies.

Support Care Cancer. 2019 Jan 4. doi: 10.1007/s00520-018-4618-y.

Auteur

Erwann Treillet

Service de Médecine de la douleur médecine palliative Hôpital Lariboisière Conférences : invitations en qualité d’auditeur (Astellas).