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European Journal of Pain

L’algo-neuro-dystro…psy ? Vers la fin d’une polémique…

3
février 2017
Psychologie de la douleur

Depuis toujours, la contribution des facteurs psychosociaux au déclenchement des syndromes douloureux régionaux complexes (SDRC) fait l’objet de nombreuses controverses tant chez les cliniciens que chez les chercheurs. Si aucun profil psychologique particulier n’a pu faire l’objet d’un consensus, la littérature a retrouvé une fréquence particulièrement importante d’événements de vie traumatiques (EVT) entourant l’apparition des premiers symptômes de SDRC. Cette prévalence ne serait pas supérieure à celle retrouvée pour d’autres syndromes douloureux chroniques. Les auteurs de cet article remarquent que ces publications s’orientaient vers l’identification de ces EVT et peu vers leurs conséquences psychopathologiques potentielles en terme d’états de stress post-traumatique (ESPT). Sur ces constats, ils ont décidé de mener une étude comparative rétrospective auprès de patients allemands, primo-consultants dans des consultations douleur. Entre décembre 2011 et avril 2013 ils ont ainsi évalués : 152 patients répondants aux critères diagnostics de Budapest pour les SDRC (Harden and al, 2010) ; 55 patients présentant des douleurs chroniques localisées aux membres inférieurs ou supérieurs (groupe autres douleurs, AD) ainsi que 55 sujets sains (groupe contrôle, C). Tous ces participants étaient évalués à l’aide d’auto-questionnaires mesurant la prédisposition à utiliser des stratégies d’adaptation (coping) dysfonctionnelles ainsi que les ESPT. Pour ce second questionnaire, dans la partie concernant l’identification des EVT, les auteurs ont choisi de rajouter un item sur les symptômes du SDRC, pouvant selon eux représenter en lui-même un EVT. Il existait une bonne homogénéité inter groupes en termes d’âge moyen (48 ans) et de sexe (70% de femmes). Ces données étaient comparées entre les 3 groupes à l’aide de statistiques descriptives. La prévalence des ESPT était de 10 % pour le groupe AD contre 38% pour le groupe SDRC. Cette dernière prévalence était près de 13 fois supérieure à celle retrouvée dans le groupe C ou dans la population générale allemande. 86% des patients SDRC souffrant également d’ESPT (SDRC+ESPT) situaient l’apparition de leur ESPT comme antérieure à celle des premiers symptômes de leur SDRC. Sur ces 86%, 19% identifiaient leur SDRC comme un EVT. Pour 35% des sujets SDRC+ESPT, l’ESPT évoluait depuis plus de 5 ans quand les premiers symptômes de SDRC les ont affectés. Ils étaient 82% à rapporter plus d’un EVT ; 42% d’entre eux identifiaient un accident. Par ailleurs, les patients SDRC+ESPT présentaient la plus forte prédisposition à utiliser des copings dysfonctionnels ainsi que les symptômes d’ESPT les plus intenses de l’échantillon. Ces résultats contredisent les travaux antérieurs en considérant les ESPT comme de sérieux facteurs de risque au développement des SDRC. Les recherches sur les comorbidités psychiatriques des patients SDRC sont embryonnaires. Des études prospectives devront être menées pour mieux comprendre les liens entre les EVT et les SDRC ; en précisant également si, en présence d’ESPT, des interventions psychologiques précoces pourraient permettre de prévenir leur apparition. Cette publication encourage le praticien à rechercher systématiquement chez tout patient SDRC des EVT ainsi que des antécédents et/ou l’existence d’ESPT. En présence d’un ESPT, le cercle vicieux de la peur-évitement (Vlaeyen, 2000) est souvent démultiplié chez les patients SDRC. Le praticien devra alors leur proposer, le plus précocement possible, une prise en charge psychologique de leur ESPT. Cette prise en charge contribuera à la remobilisation rapide et à la réappropriation du membre douloureux, axes majeurs du traitement des SDRC.

Reference

Speck V, Schlereth T, Birklein F, Maihӧfner C.
Increased prevalence of posttraumatic stress disorder in CRPS.
Eur J Pain 2016: in press.

Auteur

Franck Henry

Psychologue CHU Dupuytren Centre de la Douleur Chronique - Service de Rhumatologie à Limoges Aucun lien d’intérêts