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PAIN

L’appétit vient en mangeant…et l’acceptation en méditant?

3
octobre 2016
Psychologie de la douleur

La thérapie comportementale et cognitive orientée vers la douleur (TCC-D) est aujourd’hui validée et recommandée pour le traitement des conséquences psychosociales des syndromes douloureux chroniques. La littérature explique une diminution de ces conséquences, notamment par le développement du sentiment d’auto-efficacité personnelle face à la douleur (SAEP : croyance en la capacité d’activation de comportements spécifiques permettant d’atteindre des objectifs préalablement définis) et la diminution du catastrophisme (CA : ruminations anxieuses, fausses croyances concernant l’origine et le devenir de la douleur, impuissance perçue face à elle). Les interventions thérapeutiques basées sur la méditation de pleine conscience du moment présent (mindfulness) sont également (mais depuis moins longtemps) proposées aux patients avec des résultats encourageants. Elles agiraient par le développement de deux autres mécanismes : la conscience du moment présent (CMP : événements psychologiques et somatiques internes, évènements externes) d’une part et l’acceptation sans jugement d’autre part (ASJ : agir indépendamment des évènements aversifs internes). Les auteurs de cette publication ont souhaité évaluer les relations unissant ces 4 mécanismes aux psychothérapies qui revendiquent leur paternité (d’un point de vue théorique) mais également les interactions entre mécanismes. Ils ont retraité leurs données préalablement issues d’une étude comparative randomisée auprès de 342 patients souffrant de lombalgie commune chronicisée. Ces sujets étaient assignés à l’une des trois modalités suivantes : TCC-D en groupe, thérapie MBSR en groupe (Mindfulness-Based Stress Reduction, développée par John Kabat-Zinn) ou traitements usuels. Les deux psychothérapies étaient construites sur 8 semaines, à raison d’une séance de 2h par semaine. Tous les participants étaient évalués par auto questionnaires avant leur randomisation puis 8, 26 et 52 semaines après, notamment sur les 4 mécanismes cités plus haut. L’échantillon était à 2/3 féminin avec un âge moyen de 49 ans. Avant randomisation, le CA était négativement corrélé au SAEP, à l’ASJ et à la CMP ; l’ASJ était positivement corrélée au SAEP ; l’ASJ et le SAEP était positivement corrélés à la CMP. Les résultats de cet article sont très surprenants. A court comme à long terme, il n’est pas retrouvé de différence significative d’effet entre MBSR et TCC-D pour l’ASJ, la CMP et le SAEP. La chute du CA était légèrement mais significativement plus importante à court terme avec la MBSR mais cette différence ne se maintenait pas à long terme, avec une évolution favorable et similaire à 1 an entre les 2 groupes. Cette dernière démonstration n’a pas d’antécédent dans la littérature. Cependant, ces conclusions méritent confirmation en raison notamment : de niveaux moyens de catastrophisme et de dépression avant randomisation particulièrement bas et une faible compliance moyenne des sujets assignés aux 2 psychothérapies. Mieux comprendre les mécanismes actifs des psychothérapies est un enjeu majeur pour pouvoir à terme faire évoluer les techniques de ces modèles au service d’une meilleure efficacité psychothérapique. Enfin, cette étude suggère une nouvelle évaluation psychologique des patients douloureux chroniques autour d’un continuum qui partirait du CA et de l’évitement d’activités pour aller jusqu’à l’absence de réactivité cognitivo-émotionnelle à la douleur et un maintien d’activités quel que soit l’intensité douloureuse.

Reference

Turner JA, Anderson ML, Balderson BH and al.
Mindfulness-based stress reduction and cognitive behavioral therapy for chronic low back pain: similar effects on mindfulness, catastrophizing, self-efficacy, and acceptance in a randomized controlled trial. Pain 2016: in press.

Auteur

Franck Henry

Psychologue CHU Dupuytren Centre de la Douleur Chronique - Service de Rhumatologie à Limoges Aucun lien d’intérêts