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Douleurs : Evaluation - Diagnostic - Traitement

Le deuil : attention ne laissez pas la place à la douleur !

2.01
mars 2016
Psychologie de la douleur

Dans cet article de janvier 2016 les auteurs se sont interrogés sur la vulnérabilité somatique que pouvait entraîner un travail de deuil non achevé, et l’existence d’une relation bidirectionnelle entre l’entité du syndrome douloureux chronique et les événements de vie traumatiques. Pour illustrer leurs réflexions les auteurs ont rappelé les données de la littérature scientifique actuelle en précisant les liens déjà connus entre syndromes douloureux chroniques et le Syndrome de stress post-traumatique, et relaté trois vignettes cliniques montrant les liens entre la douleur chronique et un type d’événement particulier : le deuil. Les vignettes cliniques ont fait référence à trois cas : la succession de deuils, le deuil d’un enfant malade, et le deuil bloqué. Ils montrent en particulier comment la douleur pouvait venir occuper l’espace corporel laissé vide après la perte d’un proche, et l’influence de la répétition de deuils sur la chronicisation des douleurs. Ils mettent en avant des analogies entre les étapes du deuil et les stades d’avancée dans le vécu de la douleur chronique : le choc et la sidération, la dépression, puis l’acceptation avec la reconstruction. Le but de la prise en charge d’un patient douloureux chronique étant de pouvoir aider le patient à réorganiser son existence en acceptant en parallèle la présence de la douleur dans son quotidien. L’acceptation correspond à un processus de reconnaissance du fait que la guérison est improbable et qu’il n’y aura pas de retour à l’état antérieur. La douleur chronique se manifeste à la place d’une élaboration de la perte du proche et actualise la souffrance du deuil. La douleur est donc à considérer comme un signe d’un oubli impossible. L’inscription de la douleur dans le corps peut également être considérée comme une défense pour protéger le sujet de la perte. Les auteurs s’interrogent à la fin de l’article sur les capacités de la médecine actuelle à soulager les souffrances du deuil et rappellent que si la douleur chronique n’est pas toujours « interprétable », il faut toujours avoir à l’idée que la douleur a une valeur de signe et peut représenter un lien entre le présent et le passé de l’histoire de l’individu. Cet article n’est pas le rapport d’une étude scientifique concernant l’étude d’un nouveau traitement médicamenteux ciblant un nouveau sous-récepteur d’une terminaison libre de fibre nerveuse, mais à l’avantage d’élaborer une réflexion approfondie sur le lien entre le processus de deuil et la douleur chronique. 

Reference

Maillard B, Rexand Galais F, Gillot F, et al.
Douleur chronique : une maladie du deuil ? Douleurs 2016;17:28-33.

Auteur

Dr. Aurore Maire

Service de Médecine de la douleur médecine palliative Hôpital Lariboisière Conférences : invitations en qualité d’auditeur (Grunenthal)