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PAIN

Le lièvre et la tortue saison 3 : quid des résistances au pacing ?

2.01
mai 2016
Psychologie de la douleur

En septembre 2015 et février 2016 étaient présentées sur ces pages les analyses de deux publications traitant de l’hyperactivité (H) chez les patients douloureux chroniques (PDC). Elles questionnaient son évaluation, sa contribution à la chronicisation douloureuse mais aussi à la prescription de traitements opioïdes. Le pacing (P) en psychothérapie comportementale et cognitive axée douleur (TCC-D) correspond à la recherche d’un « équilibre comportemental » entre les temps de repos et d’activités (rythme, fractionnement) structurée autour d’un programme d’exposition comportementale et de reprise graduée d’activités (à quota). Le P est ici considéré comme une stratégie d’ajustement psychologique qui faciliterait une diminution voire une disparition progressive des comportements tantôt évitants tantôt hyperactifs face à la douleur, aux activités et/ou aux mouvements (facteurs d’entretien de l’expérience douloureuse). P et H continuent à susciter l’intérêt des chercheurs comme le témoigne cette nouvelle étude où les travaux d’Andrews et al. sont discutés sur la question suivante : quelles sont les résistances des patients face au P et comment les évaluer ? À partir d’une brève revue de la littérature et surtout de leur expérience clinique en tant que psychothérapeutes TCC-D, ces auteurs ont construit le « Pacing obstacles questionnaire » (POQ). Ils l’ont validé auprès d’une population de 637 PDC (à 66 % de sexe féminin) devant débuter une TCC-D et souffrant depuis 6 ans en moyenne. Près d’un tiers de cet échantillon présentait des douleurs diffuses et 43 % des participants étaient en arrêt de travail. Sept croyances négatives sur le P sont évaluées dans le POQ : la productivité, les ressources cognitives (oublier de faire les pauses, pouvoir reprendre l’activité après une pause), l’estime de soi, le retentissement émotionnel (frustration, perception dichotomique de l’activité en « tout ou rien »), les perceptions de l’entourage, le détournement d’attention face à la douleur, l’atteinte des standards personnels (modèles éducatifs, schémas cognitifs : « Je dois », « Il faut »). Pendant les trois premiers jours de TCC-D, les sujets devaient compléter différents auto-questionnaires dont le POQ et le POAM-P (« Patterns of activity-pain ») évaluant les comportements face à la douleur (évitement, H, P). Avant la remise de ces deux échelles une discussion autour de ces comportements était initiée avec la remise d’un texte explicatif. Les croyances sur le P n’étaient ni identifiées ni discutées (en tant que cibles de la TCC-D) individuellement mais étaient discutées d’une façon générale. Au terme de 4 semaines de suivi, 465 patients complétaient à nouveau ces questionnaires. Le traitement statistique des données conduit à la validation du POQ (14 items) dont les qualités psychométriques sont jugées comme satisfaisantes. Avant comme après TCC-D, une corrélation positive est retrouvée entre les scores moyens au POQ et ceux de la sous-échelle d’H du POAM-P. De même, cette corrélation est démontrée comme négative entre les scores moyens au POQ et ceux de la sous-échelle P du POAM-P. D’autres publications seront nécessaires pour confirmer l’intérêt du POQ en recherche clinique. Pour le clinicien, il peut dès maintenant être d’une grande aide lors de l’évaluation psychologique du PDC en identifiant précocement ses croyances « bloquantes » face au P comme autant de cibles de la psychothérapie cognitive. Espérons que les futures études sur les TCC-D sauront tirer profit de ce nouvel outil pour en évaluer les potentielles retombées en termes d’amélioration des pratiques professionnelles et d’optimisation de leur efficacité.

 

Reference

Cane D, McCarthy M, Mazmanian D.
Obstacles to activity pacing: assessment, relationship to activity and functioning. Pain 2016: in press.

Auteur

Franck Henry

Psychologue CHU Dupuytren Centre de la Douleur Chronique - Service de Rhumatologie à Limoges Aucun lien d’intérêts