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Douleurs : Evaluation - Diagnostic - Traitement

Le modèle biopsychosocial de la douleur du cancer : même combat que pour la douleur chronique !

1.02
novembre 2016
Douleur et cancer

La douleur chronique est incontestablement reconnue comme relevant du modèle biopsychosocial. Mais qu’en est-il de la douleur du cancer ? C’est à cette question que répond Jean-Pierre Bénézech dans cet article, en effectuant une revue de la littérature : la recherche concernant la douleur du cancer tend à démontrer ce qui a été admis en douleur chronique non cancéreuse. Malgré tout, il souligne qu’une controverse à ce parallèle persiste encore. L’auteur découpe son article en plusieurs « dimensions » : physique (anatomie, sommeil, activité physique), psychique (alexithymie, acceptation, catastrophisme, dépression anxiété, peur), sociale (style d’attachement, modèle d’adaptation commune, dimension spirituelle). La lésion anatomique n’est pas logiquement liée à la présence d’une douleur. L’auteur cite une étude qui a relevé une absence de douleurs malgré des métastases osseuses dans deux tiers des cas analysés. La présence de douleur est indépendante du type de tumeurs, du site, du nombre et de la taille des métastases. Par contre, une revue de la littérature incluant 25 000 patients montre que 71 % d’entre eux sont douloureux. Concernant le sommeil : la douleur vient bien évidemment le perturber. A l’image d’un cercle vicieux, les troubles du sommeil favorisent à leur tour la douleur diurne. Il est reconnu en cancérologie que l’insomnie est un symptôme intriqué avec la fatigue, les troubles de l’humeur et la douleur. Le retentissement émotionnel lié aux troubles du sommeil perdure pendant et après la prise en charge. A l’image de son bénéfice chez les patients souffrant de lombalgie chronique ou de fibromyalgie, l’activité physique est aussi recommandée. En pathologie cancéreuse, elle a un impact sur la qualité de vie, la survie, l’amélioration de la fatigue, du bien-être physique, de la diminution de l’anxiété et de la dépression. L’alexithymie est la difficulté pour une personne à distinguer ses propres émotions et à communiquer à leur propos. Elle augmente la douleur chez les patients atteints d’un cancer. Une étude a comparé, chez des patients douloureux et d’autres non douloureux, la difficulté à identifier leurs sensations. Les personnes qui présentent des douleurs ont davantage de mal à distinguer leurs émotions. A noter qu’un travail psychologique sur 6 mois a permis d’améliorer l’alexithymie et la douleur. La notion d’acceptation (poursuivre ses activités de la vie quotidienne en prenant acte de l’échec du contrôle de la douleur) est aussi abordée. En douleur chronique, comme lors d’un cancer, une étude auprès de 81 patients conclut à un lien entre une meilleure acceptation et un mieux-être psychologique. Le catastrophisme est aussi abordé dans l’article, avec des résultats approchant ceux déjà démontrés en douleur non cancéreuse. Il apparaît comme une forme de communication autour de la douleur, avec une dimension sociale qui s’y greffe puisqu’un catastrophisme élevé chez le malade est lié à un niveau intense de stress chez ses proches. Swanson décrit la douleur comme une troisième émotion pathologique, avec l’anxiété et la dépression. Même chez des personnes en bonne santé et avant que des tests douloureux soient effectués : la suggestion de sentiments dépressifs abaisse le seuil de leur douleur. Grâce à ces données, il peut être envisagé de réaliser des actions ciblées sur la douleur et la dépression en cancérologie, par exemple en accompagnant les patients par téléphone pendant leur maladie. L’anxiété est aussi un facteur potentialisateur de la douleur liée au cancer. L’hypnose, la relaxation et les approches cognitives sont donc à proposer aux patients. Le « style d’attachement », notamment dans un couple, influence le comportement douloureux du malade. Si le conjoint est dans un attachement d’évitement : la personne malade rapporte davantage de douleur et un bien-être amoindri. Enfin, la dimension spirituelle est à prendre en compte : une étude auprès de 883 patients pris en charge dans une structure palliative a relié significativement leur mieux-être spirituel à une meilleure qualité de vie, avec entre autres moins de douleurs. La recherche en douleur cancéreuse rejoint donc le modèle biopsychosocial bien connu de la douleur chronique ; cette même dynamique va dans le sens d’un développement commun de thérapeutiques antalgiques.

Reference

Jean-Pierre Bénézech
La douleur du cancer est biopsychosociale
Douleurs : Evaluation - Diagnostic - Traitement ; Volume 17, Issue 5, November 2016, Pages 252–257

Auteur

Lauriane Fourel

Centre d'Evaluation et de Traitement de la Douleur - Centre Hospitalier Bayeux Structure Douleur Chronique - Centre de Lutte Contre le Cancer François Baclesse Caen Invitations en qualité d'auditeur (Mundipharma, Astellas, Grünenthal)