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Seminars in Fetal & Neonatal Medicine

L'enfance de l'Aîe...

2.01
avril 2019
Douleur de l'enfant, Physiopathologie de la douleur

Pendant de nombreuses années, les idées reçues sur « l’incapacité » des nouveau-nés à ressentir la douleur du fait de «l’immaturité de leur système nerveux » faisaient loi. Or, de plus en plus de travaux prouvent le contraire. Cette douleur, si elle est répétée, serait même un potentiel facteur de risque de douleurs chroniques à l’adolescence ou l’âge adulte. Dans cet article, S. Walker fait le point sur les données publiées entre l’exposition à la douleur en période néonatale et le retentissement à long terme neurologique, sur les fonctions somato-sensorielles et le risque de développement de douleurs persistantes. Les actes douloureux répétés dans la période néonatale (effractions cutanées répétées, lésions tissulaires « nécessaires » voire interventions chirurgicales) sont réalisés le plus souvent dans les unités de soins intensifs néonatologiques (USIN), où la population varie selon l’âge gestationnel à la naissance (AGN) qui, avec le poids à la naissance sont des facteurs de comorbidité impactant le développement ultérieur.  Ces procédures douloureuses itératives ont été associés à des déficits du développement cognitivo-moteur et comportemental dans l’enfance, ainsi qu’à des troubles neuro-sensoriels pour les enfants nés extrêmes prématurés (EP < 28 SA), avec persistance de retards cognitifs jusque la fin de l’adolescence. Sur le plan somato-sensoriel, au QST, la sensibilité au chaud est moindre chez les sujets nés prématurés et surtout les EP (hospitalisation en USIN plus longue). En revanche, il est rapporté une hypersensibilité lorsque la stimulation au chaud est prolongée, ainsi qu’une tolérance diminuée lors de stimulations douloureuses au froid et à la pression. Une allodynie mécanique a été décrite aux abords des cicatrices néonatales, pouvant majorer la douleur liée à de potentielles chirurgies futures dans la même zone. Dans cette population, les hommes présentent une sensibilité au chaud encore moindre que les femmes, qui sont plus sensibles également aux stimulations froides prolongées.  La prévalence des douleurs persistantes associée à la prématurité est actuellement difficile à établir du fait de disparités méthodologiques entre les différentes études. Certaines ont néanmoins rapporté des scores de douleur augmentés lors de la 3e décade chez les patients EP/très petits poids à la naissance, en particuliers les femmes. Les systèmes de modulation de la douleur sont également affectés. Certains évoquent ainsi un CIDN défaillant chez un nombre important de femmes EP après stimulation à la pression et au froid. Par ailleurs, il a été constaté des modifications structurelles et dans les connections de régions cérébrales impliquées dans la matrice douloureuse en réponse à des stimulations thermiques. Sur le plan psychologique, les jeunes adultes EP sont sujets à une anxiété et un catastrophisme majorés.


Cet article bien que très intéressant, présente des faiblesses par l’absence de détail sur la recherche bibliographique, études très différentes méthodologiquement donc résultats parfois épars difficilement généralisables, les spécificités de genre n’ont été que succinctement abordées. Néanmoins, il a le mérite de résumer l’état des connaissances sur les nombreux impacts péjoratifs à long terme des actes douloureux itératifs en USIN, ce qui est essentiel pour la prise en charge des nouveau-nés, prématurés ou non, en démontrant la nécessité de réfléchir  chaque soin douloureux au strict minimum.

 

Comme il est connu que pour les âmes bien nées, la valeur n’attend point le nombre des années. De même, la prise en charge de la douleur, elle non plus, ne doit point tarder !

Reference

Suellen M. Walker
Long-term effects of neonatal pain, Seminars in Fetal and Neonatal Medicine, In press, corrected proof, Available online 5 April 2019

Auteur

Bich Dang-Vu

Médecin algologue à l'Unité de Coordination
Douleur
Hôpital Foch, Suresnes