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Journal of Neurology, Neurosurgery, and Psychiatry

Migraine : la mélatonine ne s’endort pas sur ses lauriers

2.01
juin 2017
Autres

On connaît l’intérêt de la mélatonine dans les céphalées, et au-delà, dans la prise en charge de douleurs chroniques. De par ses multiples mécanismes d’action, la mélatonine – dont le taux sanguin est diminué chez les patients migraineux - a été étudiée comme traitement préventif de la migraine, avec des résultats non homogènes dans la littérature selon les études. Il n’existait néanmoins pas d’essai clinique avec un comparateur actif.  C’est chose faite dans cette étude randomisée comparant l’action préventive de la mélatonine, de l’amitriptyline et du placebo dans la migraine.

Après respect des critères d’inclusions (âge entre 18 et 65 ans, migraine avec ou sans aura selon les critères de l’International classification of Headache Disorders depuis au moins un an, un âge de début inférieur 50 ans, au moins trois crises migraineuses ou quatre jours de migraines par mois), 178 patients ont été randomisés en trois groupes : 3 mg de mélatonine, 25 mg d’amitriptyline, et le placebo. Cette étude multicentrique a permis de comparer ces trois groupes en parallèle pendant 12 semaines au total, avec comme critère principal la mesure de fréquence du nombre de jours de migraines par mois en comparaison avec les quatre semaines précédant le traitement. Quant aux critères secondaires : réduction de l’intensité migraineuse, durée de la crise, nombre d’antalgiques utilisés, et pourcentage de patients ayant plus de 50% de réduction de leur nombre de jours de migraines.

Plusieurs points méritent d’être soulignés. Tout d’abord, le profil de tolérance de la mélatonine est comparable à celui du placebo, et meilleur que celui de l’amitriptyline.

Par rapport au placebo, les nombres de jours de migraines par mois ont été réduits à la fois dans le groupe de la mélatonine (4,6 jours versus 6,2 pour le placebo) et le groupe amitriptyline (5 jours versus 6,2 pour le placebo) à 12 semaines, selon l'analyse en intention de traiter. L'intensité moyenne des maux de tête (échelle de la douleur de 0 à 10) a également été inférieure à 12 semaines dans le groupe de la mélatonine (3,6 versus 4,8 pour le placebo) et dans le groupe amitriptyline (3,5 versus 4,8 pour le placebo).

La durée des migraines (en heures/mois) à 12 semaines a été réduite dans les deux groupes (amitriptyline -4,4 heures, mélatonine -4,8 heures), tout comme le nombre d'analgésiques utilisés par rapport au placebo, sans différence significative entre les groupes mélatonine et amitriptyline pour ces résultats.

Les patients qui prenaient de la mélatonine étaient néanmoins davantage susceptibles d'avoir une amélioration de 50% de la fréquence du nombre de jours de migraines, par comparaison à l'amitriptyline (54% contre 39%, [NNT] = 7; P <0,05). A titre indicatif la mélatonine a bien mieux fonctionné que le placebo (54% vs 20%, NNT = 3; P <0,01).

A tolérance supérieure, les auteurs concluent que 3 mg quotidiens de mélatonine sont autant efficaces que 25 mg d’amitriptyline sur la réduction du nombre de jours de migraines par mois, et plus efficaces concernant les taux de réponse au-delà de 50%.

Cette étude ouvre des perspectives intéressantes dans le traitement de fond de la migraine de l’adulte par la mélatonine, mais aussi de l’enfant, avec un excellent profil de tolérance. Reste à se procurer de la mélatonine, ce qui en France est beaucoup moins évident qu’outre-Atlantique où elle est disponible en OTC y compris à plus fortes posologies. En plus de la spécialité Circadin® (forme à libération prolongée dosée à 2mg et disponible sur ordonnance), nous pouvons également en prescrire sous forme de préparation magistrale à libération immédiate (préciser le dosage et « en l’absence de spécialité équivalente »). Ou recommander aux patients les formes à libération immédiate faiblement dosées en accès libre en officine (1 à 1,9 mg). Et toujours hors AMM et donc hors remboursement dans cette indication !

Reference

Randomised clinical trial comparing melatonin 3 mg, amitriptyline 25 mg and placebo for migraine prevention.
Andre Leite Gonçalves, Adriana Martini Ferreira, Reinaldo Teixeira Ribeiro, Eliova Zukerman, José Cipolla-Neto, and Mario Fernando Prieto Peres.
J Neurol Neurosurg Psychiatry. 2016 Oct; 87(10): 1127–1132.

Auteur

Dr Antoine Lemaire