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PLOS ONE

Miroir, miroir, dis-moi qui est le meilleur ?

3
juin 2015
Douleur et rééducation

Cette étude publiée en mai 2015 par des médecins et chercheurs allemands et américains, a été menée dans le but de comparer les effets en IRM fonctionnelle d’une boîte miroir et d’un miroir simple, dans la thérapie par miroir. Cette technique a montré son efficacité dans le traitement des douleurs du membre fantôme, des SDRC, et également dans la récupération motrice après un AVC. En revanche, le mécanisme de fonctionnement reste peu clair, et aucune étude n’a été réalisée auparavant sur la qualité de l’illusion produite et sur le fonctionnement cérébral pendant une séance de thérapie miroir avec miroir simple. De façon classique on utilise des « boîtes miroir » mais celles-ci sont souvent imposantes, lourdes et limitent les possibilités de mouvement. Les miroirs simples quant à eux procurent une meilleure illusion et sont plus simples d’utilisation pour une étude en IRM fonctionnelle. Vingt sujets en bonne santé ont participé à l’étude et ont été appariés pour les deux techniques : boîte miroir versus miroir simple. Il a été mesuré en IRM fonctionnelle la qualité et l’intensité de l’illusion, ainsi que l’activation des aires corticales (notamment le cortex sensitivo-moteur), et le degré de connexion inter-hémisphérique. Les auteurs ont montré via cette étude que les deux techniques apportaient la même qualité d’illusion, que l’aire corticale du membre « non reflété » était activée pendant la thérapie miroir (de façon identique avec les deux outils), mais que le degré de connexion entre les deux hémisphères était accru lors de l’utilisation du miroir simple, ce qui suggère un mécanisme différent de recrutement de la représentation du membre non reflété. Il apparaît donc que le miroir simple est une alternative intéressante à la boîte miroir car plus simple d’utilisation. En revanche, le présupposé de départ des auteurs concernant le fait que le miroir simple pouvait donner une meilleure qualité d’illusion en mettant hors du champ de vision le membre reflété, a été invalidé. Cette étude bien que très « technique » et peu attractive de prime abord, a l’intérêt de nous faire réfléchir sur les bases scientifiques de nos thérapeutiques, et d’évaluer avec précision l’effet de la thérapie miroir au niveau cortical, afin d’en comprendre le fonctionnement. Il existe néanmoins quelques bémols : les analyses ont été réalisées à l’instant de la thérapie et il n’y a pas eu d’évaluation sur le long terme, de plus les sujets étudiés étaient des volontaires sains, ce qui ne permet pas d’extrapoler les résultats obtenus pour les patients malades (souffrant d’un SDRC ou ayant fait un AVC par exemple). D’autres études incluant des patients avec réévaluation à distance seraient intéressantes à mettre en place.

 

Reference

Milde C, Rance M, Kirsch P,et al.
Do mirror glasses have the same effect on brain activity as a mirror box? Evidence from a functional magnetic resonance imaging study with healthy subjects. PloS One 2015;10(5).

Auteur

Dr. Aurore Maire

Service de Médecine de la douleur médecine palliative Hôpital Lariboisière Conférences : invitations en qualité d’auditeur (Grunenthal)