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European Journal of Pain

Miroir, mon beau miroir… dis-moi quand je cesserai d’avoir mal ?

2.01
mai 2014
Douleur et rééducation

La thérapie par le miroir (TM) est une technique bien connue, utilisée dans les cas de douleurs du membre fantôme (DMF). Cette technique consiste à placer le patient devant un miroir et à le faire mobiliser le membre sain en regardant son image dans le miroir. Globalement, la littérature a démontré à ce jour un effet significatif de cette technique sur l’intensité des DMF; une corrélation entre l’intensité douloureuse et l’extension de l’aire corticale somatosensorielle primaire (SP) au niveau cérébral, faisant ainsi de la localisation de l’aire SP un possible indicateur des changements cérébraux à l’œuvre avec la TM. Pour autant, deux questions méritent des développements : comment et pourquoi la TM fonctionne-t-elle ? Pourquoi échoue-t-elle dans certains cas ? Pour répondre à ces questions les auteurs de cette étude ont soumis 11 patients amputés d’un membre supérieur et souffrant de DMF depuis au moins 2 ans à une Imagerie par Résonnance Magnétique Fonctionnelle (IRMF). Au cours de l’examen, ils avaient pour consigne de mobiliser leur membre sain ainsi qu’une autre partie du corps. Ils ont ensuite tous suivis une TM durant 4 semaines. À son terme, ils étaient soumis à une seconde IRMF avec une consigne identique à la première. L’intensité douloureuse, ses caractéristiques cliniques et les perceptions associées étaient évaluées avant, pendant et après la TM. La plupart des sujets étaient sous médicaments antalgiques. Leurs résultats montrent une diminution significative de l’intensité douloureuse moyenne après TM avec toutefois des différences interindividuelles chez les participants. Ces différences seraient en lien direct avec l’expérience douloureuse : les sujets présentant des distorsions dans la  perception du membre fantôme étaient également ceux qui étaient les moins soulagés par la TM. Les imageries révélaient bien une réorganisation corticale après TM : plus l’intensité de la DMF diminue, plus l’activité de l’aire SP tend à s’homogénéiser et à se normaliser dans les deux hémisphères cérébraux (comme cela est le cas chez un sujet sain). De plus, la réduction de l’intensité douloureuse était corrélée à une diminution de l’activité cérébrale dans le cortex pariétal inférieur, zone du cortex classiquement impliquée dans les phénomènes douloureux. Ce travail présente ainsi un double intérêt : tout en démontrant l’intérêt de la TM pour les personnes souffrant de DMF il incite à étendre la thérapeutique, pour les patients les plus en souffrance, aux approches psycho-corporelles agissant sur l’image du corps et les perceptions douloureuses. À l’avenir, le développement d’études d’efficacité (encore trop peu nombreuses à ce jour) associant TM et approches psycho-corporelles pour les sujets souffrants de DMF pourrait permettre de mieux délimiter cette indication auprès des sujets en souffrance psychologique.

Reference

Foell J, Bekrater-Bodmann R, Diers M, Flor H.

Mirror therapy for phantom limb pain: Brain changes and the role of body representation. Eur J Pain 2014;18:729-39.

Auteur

Elise Henry