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Kinésithérapie, la Revue

On a moins mal au dos quand on comprend pourquoi !

2.01
janvier 2018
Douleurs rachidiennes

La lombalgie est un véritable enjeu de santé publique, qui concernera au moins une personne sur trois dans sa vie !

La compréhension de la neurophysiologie de la douleur (NPD) peut aider le patient à lutter contre celle-ci, voire à la diminuer sur le court terme. Par contre, les résultats de précédentes études divergent sur le long terme, avec parfois un retour à des niveaux de douleur semblables.

Concernant les programmes d'éducation, leurs outils divergent également : exposés oraux, dessins et métaphores, CD…

Dans cette étude, c’est une brochure qui a été utilisée pour illustrer la NPD dans la prise en charge kinésithérapique du patient lombalgique chronique. L’article débute par une revue de la littérature.

Même si certaines constatations relèvent de l’évidence : il est intéressant de le mesurer objectivement ! Ainsi, une étude de Moseley a confirmé la supériorité des effets d’un programme associant physiothérapie, mobilisations rachidiennes, exercices à domicile et éducation à la NPD versus l’administration de traitements médicaments seuls. Ceci est confirmé un an après ! De même, Pires compare les conséquences d’exercices aquatiques réalisés seuls pour un premier groupe de patients ou précédés d’un programme d’éducation à la NPD dans un second groupe : la diminution de l’intensité de la douleur chez ces derniers patients est plus importante que dans le premier groupe. L’éducation individuelle semble plus efficace que celle réalisée collectivement (Moseley). On relève différents outils éducatifs dans cette revue de la littérature : éducation orale, dessins, métaphores, CD, séances individuelles ou collectives, livret, voire Internet.

Dans leur étude, les auteurs ont inclus huit patients lombalgiques chroniques hospitalisés dans un centre de rééducation fonctionnelle : quatre sont inclus dans le groupe témoin et ne reçoivent pas la brochure et quatre dans le groupe expérimental, avec mise à leur disposition de la brochure.

La brochure a été réalisée en trois étapes :

1. les réponses de 42 patients lombalgiques chroniques au « Neurophysiology of Pain Questionnaire », regroupés via les réseaux sociaux, pour évaluer leur niveau de compréhension des mécanismes de la douleur

2. l’avis d’experts algologues et kinésithérapeutes ; à l’aide d’éléments de la littérature

3. sa relecture.

La brochure est jointe en annexe de l’article : elle reprend la définition de la douleur, son cheminement (« naissance, transmission, point d’arrivée »), les différents types de douleur (durée, mécanisme nociceptif, neuropathique), ses différentes composantes sensori-discriminative, affectivo-émotionnelle, cognitive, comportementale, la modulation de la douleur (explication de la théorie du portillon !), les différents seuils de tolérance de la douleur, ce qui la modifie (croyances, émotions, environnement, activité physique, relaxation, médicaments) et un questionnaire vrai/faux à  la fin de la brochure (avec les réponses en retournant la brochure).

A court terme, en comparant les résultats à J0 et à J21, le score de l’Echelle Verbale Simple (EVS) au moment présent diminue en moyenne de 0,25 point pour le groupe témoin et d’1 point pour le groupe expérimental (ceux qui ont eu la brochure). Le score de l’EVS pour évaluer l’intensité de la douleur maximale depuis les huit derniers jours est encore plus parlant car il augmente de 0,25 point dans le groupe témoin et il diminue de 0,5 point dans le groupe expérimental.

A long terme, en comparant entre les résultats à J0 et à J90, le score de l’EVS au moment présent augmente en moyenne de 0,5 point pour le groupe témoin et diminue de 0,75 point pour le groupe expérimental. Le score de l’EVS pour évaluer l’intensité de la douleur maximale depuis les huit derniers jours augmente de 0,75 point dans le groupe témoin et diminue de 1 point dans le groupe expérimental.

Le score de Dallas à J21 (explorations des activités de la vie quotidienne du patient, de sa vie professionnelle, de ses loisirs, de son anxiété, de sa dépression, et de sa sociabilité) varie aussi entre les deux groupes. A noter que ce score va de 0 % (valeur la plus favorable) à 100 % (valeur la plus péjorative). Pour les activités de la vie quotidienne : il diminue nettement plus dans le groupe expérimental que dans le groupe témoin (27 % vs 6,75 %). La tendance d’évolution des scores est la même dans le domaine des activités professionnelles et de loisirs à savoir moins de douleurs après lecture de la brochure. Par contre, concernant les résultats de l’étude quant aux répercussions sur l’anxiété et la dépression : il n’est pas possible de conclure.

A plus long terme (J90), les résultats se maintiennent pour l’EVS au moment présent ainsi que pour les répercussions de la douleur dans les activités de la vie quotidienne, professionnelle et de loisirs.

 

Bien sûr, l’étude est limitée par le faible échantillon de patients mais elle confirme l’importance de la pédagogie dans notre pratique quotidienne !

Reference

Elodie Mansouri, Laurent Kostur
Étude préliminaire descriptive sur l'éducation à la neurophysiologie de la douleur chez le patient lombalgique chronique : illustration par une brochure.  Kinésithérapie, la Revue, Volume 18, Issue 193, January 2018, Pages 10-18

Auteur

Lauriane Fourel

Centre d'Evaluation et de Traitement de la Douleur - Centre Hospitalier Bayeux Structure Douleur Chronique - Centre de Lutte Contre le Cancer François Baclesse Caen Invitations en qualité d'auditeur (Mundipharma, Astellas, Grünenthal)