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The Journal of Pain

Motivés, motivés, il faut rester motivés !

2.01
juin 2016
Psychologie de la douleur

L’article de ces deux psychologues australiens permet de faire une mise au point sur l’intérêt de la technique d’entretien motivationnel dans la prise en charge de patients souffrant de douleurs chroniques. En effet il apparait qu’environ 30% des patients souffrant de douleurs chroniques présentent une inobservance à leur traitement,  médicamenteux ou non (50% pour ceux bénéficiant de groupes de thérapies cognitivo-comportementales).Il n’existe que peu d’études concernant l’adhésion au traitement, en revanche  il a été montré en 2010 que la « non-adhésion » à la physiothérapie était associée à des événements négatifs.L’entretien motivationnel a été développé en addictologie, et est actuellement diffusé dans d’autres disciplines. Cette une approche individualisée, centrée sur la personne, permettant de résoudre/réduire l’ambivalence du patient vis-à-vis du changement de comportement, en renforçant sa motivation et sa résolution au changement.Les chercheurs ont effectué une méta-analyse d’essais contrôlés et randomisés, ayant étudié l’impact de l’entretien motivationnel sur l’adhésion au traitement immédiatement et après 6 mois de suivi (objectif principal), et sur l’intensité de la douleur et sur l’impact fonctionnel de la douleur (objectifs secondaires). Seuls 7 articles ont été analysés à la fin (correspondant aux critères de recherche exacts). Tous étaient de langue anglaise. Au total l’ensemble des études a porté sur 962 patients, de plus de 18 ans, et souffrant de douleurs évoluant depuis plus de 3 mois, en excluant les douleurs liées au cancer et les douleurs post-opératoires. Les études devaient comporter une description précise du protocole, qui devait reposer sur les principes référencés de l’entretien motivationnel. En revanche n’ont pas été pris en compte les modalités précises du déroulement des séances (rythme, nombre de séances, et lieu de réalisation : face à face ou téléphone). D’après l’échelle utilisée pour évaluer la qualité des articles retenus (Echelle d’évaluation de la qualité QRS), il a été observé une bonne méthodologie des articles sélectionnés.
Le résultat de cette méta-analyse concernant le critère de jugement principal est qu’il existe une augmentation de l’adhésion au traitement (tout traitement confondu) dans les suites immédiates de l’entretien motivationnel, en revanche il n’y a pas de différence significative à 6 mois de suivi. A propos des critères de jugement secondaires, on retrouve les mêmes résultats concernant la diminution de l’intensité de la douleur (significatif à court terme mais non retrouvé à 6 mois de suivi), en revanche le nombre d’études ayant analysé l’effet sur l’impact fonctionnel était trop faible pour permettre une conclusion.
Cette étude est très intéressante car elle a analysé une technique qui est développée depuis longtemps dans le champ de l’addictologie mais peu dans la prise en charge des douleurs chroniques, or il a été montré que l’adhésion au traitement était souvent médiocre (effets secondaires des traitements, représentations et cognitions erronées,..), et donc en partie responsable d’une faible efficacité des thérapeutiques. De plus la qualité méthodologique de l’analyse était très rigoureuse et très pertinente.
Il s’agit de résultats préliminaires qu’il serait passionnant de développer.

Reference

D. Alperstein, L. Sharpe.
The Efficacy of Motivational Interviewing in Adults With Chronic Pain: A Meta-Analysis and Systematic Review. The Journal of Pain. Vol 17, No 4 (April), 2016: pp393-403

Auteur

Dr. Aurore Maire

Service de Médecine de la douleur médecine palliative Hôpital Lariboisière Conférences : invitations en qualité d’auditeur (Grunenthal)