Vous êtes ici

La Presse Médicale

Opioïdes : pour qui ? Pour quoi ? Comment ?

3
mai 2016
Autres

Après les recommandations du CEDR de 1999 pour l’utilisation de la morphine dans les douleurs rhumatologiques non cancéreuses, revues en 2012, les nouvelles recommandations concernant l’utilisation des opioïdes forts dans les douleurs non cancéreuses, de façon plus globale, sont disponibles. Elles étaient très attendues car l’utilisation de cette classe de médicaments est soumise à de nombreuses discussions voire de controverses. Ces recommandations s’adressent à tous les praticiens, elles ont été réalisées selon les critères de l’HAS : revue systématique de la littérature, cotation par des experts, rédaction d’une première version puis lecture par un panel de médecins prescripteurs et enfin finalisation. Deux mille sept cent quatre articles ont été analysés, 21 méta-analyses, 31 cohortes et sept études contrôlées randomisées. Au total, 15 recommandations sont disponibles, avec différents niveaux de preuve (accord fort, preuves faibles, modérées ou fortes, ou avis d’experts). Il est donc possible de s’y référer pour évaluer la place des opioïdes forts dans les pathologies rhumatologiques comme l’arthrose, les lombalgies chroniques, ou encore les douleurs neuropathiques (« efficacité modérée, niveau de preuve modéré »). Il est précisé l’absence de preuve d’efficacité pour les syndromes dysfonctionnels (notamment la fibromyalgie : « accord fort, preuves faibles ») ou les céphalées primaires (notamment la migraine, « accord fort, preuves modérées »). Les opioïdes forts peuvent être prescrits après échec des traitements de première intention, dans le cadre d’une prise en charge globale, évaluant l’aspect prycologique, social, professionnel, rééducatif (« accord fort, avis d’experts ») et des objectifs partagés avec le patient, informé des bénéfices et effets secondaires. Les recommandations concernent aussi la durée de traitement (non conseillé au-delà de 3 mois s’il n’y a pas de bénéfice suffisant tel que précisé dans le texte) ainsi que le choix de l’opioïde : « tous les opioïdes semblent similaires » en prenant toutefois en considération : la facilité de titration, les effets indésirables éventuels, les données actuelles de la science, les AMM et les remboursements (qui sont précisés dans les tableaux annexes de l’article). Au-delà de 150 mg d’équivalent de morphine/jour, un avis spécialisé est recommandé (« accord fort, avis d’experts »). Les auteurs insistent également sur l’évaluation, la réévaluation, les comorbidités, le choix des galéniques et les risques de mésusages à détecter.
Il est maintenant fortement conseillé de diffuser le plus largement possible ces données pour permettre l’amélioration des prescriptions, mais plus généralement, des connaissances concernant les opioïdes forts en douleur non cancéreuse.

 

Reference

Moisset X, Trouvin AP, Tran VT, et al.
Utilisation des opioïdes forts dans la douleur chronique non cancéreuse chez l’adulte. Recommandations françaises de bonne pratique clinique par consensus formalisé (SFETD). Presse Med 2016;45:447-62.

Auteur

Rodrigue Deleens

Coordonnateur et directeur de la publication/Responsable éditorial Praticien Hospitalier -Centre d'Évaluation et de Traitement de la Douleur CHU de Rouen Médecin attaché, CETD Hôtel Dieu, AP-HP