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Douleurs : Evaluation - Diagnostic - Traitement

« PCA » ou le casse-tête de la prescription

1.02
juin 2014
Organisation de la prise en charge de la douleur

Le recours aux PCA (pompes d’analgésie contrôlée par le patient) au cours de ces quinze dernières années est de plus en plus fréquent dans les services de soins. Si la prescription de celles-ci en post-opératoire est protocolisée et pose peu de problèmes aux soignants, il n’en est pas de même avec les PCA utilisées pour les douleurs cancéreuses et/ou en soins palliatifs. Elles font souvent suite à un ou des traitements évalués comme inefficaces, une altération de l’état de santé du patient associant une majoration de l’intensité douloureuse et une difficulté d’accès à la voie orale. Les auteurs de cette étude, menée au CHU de Limoges, avaient pour objectif d’évaluer la conformité de la prescription au regard des recommandations de la Société Française d’Accompagnement et de Soins Palliatifs (SFAP) publiées en 2006. Cette étude a été effectuée auprès des praticiens hospitaliers (PH) des services demandeurs de PCA douleur-soins palliatifs et auprès de ceux qui étaient en 2eannée du Diplôme Universitaire/Diplôme Inter Universitaire d’accompagnement et de soins palliatifs de l’université de Limoges, promotion 2011-2012. L’équipe mobile de soins palliatifs, promoteur de l’étude, était exclue de l’enquête. La méthodologie était la suivante : un questionnaire à choix multiples (QCM) explorant la prescription établie pour l’infirmière (IDE), la connaissance du matériel, l’éducation thérapeutique du patient (ETP) et la connaissance des recommandations de la SFAP. Ce QCM était associé à un cas clinique portant sur la rédaction d’une prescription de PCA pour l’IDE. Sur les 30 questionnaires distribués 17 sur les 18 complétés ont pu être traités. Les résultats montrent que seulement six ordonnances étaient compatibles avec les recommandations de la SFAP. Les PH méconnaissaient le matériel utilisé dans leur service et pensaient que les PCA existaient  en modèle unique : 50 % d’entre eux affirmaient connaître les recommandations, mais seuls 25 % connaissaient leur année de parution et 20 % mentionnaient la formulation correcte concernant les paramètres de sécurité de la prescription. Seuls deux PH citaient ces deux derniers critères. Au total, les PH connaissaient  peu ou pas les paramètres programmables de chaque pompe et formulaient une prescription inadaptée. En conséquence, l’IDE est peu à l’aise avec la programmation de la PCA au regard du manque de précision de la prescription ; or c’est elle qui se charge généralement de l’ETP. IDE et PH s’estimaient très mal formés à la prescription et à l’utilisation de la PCA ce qui pourrait majorer le risque d’erreur. Même si cette étude a été réalisée sur une petite échelle, elle reflète bien la réalité de nos pratiques quotidiennes. Pour améliorer le maniement des PCA dans les services de soins, il serait souhaitable d’identifier des référents douleurs tant PH qu’IDE susceptibles de proposer  à leurs collègues des ateliers pratiques sur ces questions. Et, comme pour la PCA post-opératoire, la rédaction de protocoles facilite la prescription et l’utilisation de celle-ci. Pour cela l’Omédit Centre et de Haute Normandie, dont la mission est de promouvoir le bon usage des médicaments et dispositifs médicaux associé aux CHU de Tours et Rouen ont mis en ligne sur leur site, un outil de formation et d’évaluation sur l’utilisation de la PCA (www.omedit-centre.fr). Espérons que les exercices pratico-pratiques intégrés à cet outil de très bonne qualité contribueront activement à une amélioration des pratiques soignantes autour de la PCA autre que post-opératoire...

Reference

Sardin B, Berger Tailleur C, Lecour N, Terrier G, Grouille D.
La prescription pour l’infirmière d’une pompe d’analgésie contrôlée par le patient pour douleurs cancéreuses ou en soins palliatifs (PCA DSP). Douleurs 2014;15:65-73.

Auteur

Muriel Perriot Morey