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European Journal of Pain

Psychothérapies et douleur chronique : jamais mieux servi(e) que par soi-même ?

3
septembre 2016
Psychologie de la douleur

Les patients vont aujourd’hui sur la toile et/ou chez leur libraire pour accéder à des connaissances médico-psychologiques. Les psychothérapeutes répondent de plus en plus à cette demande par le développement d’une offre de soins  « online » (mailing, chat, sites web, etc.) et la publication de plusieurs références en « biblio thérapie » (parfois associées à des supports audio). Ces « guides pour s’aider soi-même » (GAS) sont apparus il y a une dizaine d’années dans les pays anglo-saxons et commencent à apparaître en France. Les GAS sont, pour la plupart, d’orientation cognitivo-comportementale (TCC) et dédiés aux patients souffrant de diverses psychopathologies et/ou atteintes somatiques chroniques. La littérature démontre l’efficacité des psychothérapies standardisées en face à face (dont la TCC orientée douleur, TCC-D) et recommandent de les associer aux approches médicamenteuses de la douleur chronique. Mais que penser aujourd’hui des GAS ? Qu’apportent-ils réellement aux patients souffrant de douleurs chroniques non cancéreuses? Pour répondre à ces questions, les auteurs de cette publication ont mené l’une des rares méta-analyses sur l’efficacité des GAS associés à au moins 1 contact (en face à face ou par internet, limité à 3 contacts en face à face) avec un professionnel de santé. Ils ont retenus dans leur analyse 16 articles (739 sujets) publiés jusqu’en 2013, avec randomisation et groupes contrôles (liste d’attente, traitements usuels, placébo) ; retenant comme critères principaux d’efficacité : l’incapacité perçue (IP), la qualité de vie (QV) et l’intensité douloureuse (ID). Les sujets adultes (60% de l’échantillon) avaient un âge moyen de 43 ans contre 12 ans pour les autres participants. 8 études sur 16 étaient consacrées aux céphalalgies, 3 aux lombalgies communes et 5 à différents syndromes douloureux chroniques. Les durées des GAS variaient de 4 (1 étude) à 8 semaines (11 études). 12 GAS étaient basés sur la TCC-D (dont 4 incluaient un apprentissage de techniques de relaxation) et 2 sur une variante de la TCC-D, la thérapie d’acceptation et d’engagement (ACT : Acceptance and Commitment Therapy). Les résultats statistiques montrent des tailles d’effet faibles mais significatives sur l’IP et l’ID. Ces données confortent celles de la littérature en montrant des équivalences d’efficacité entre les psychothérapies « online » et celles en face à face. Par ailleurs, elle étend cette équivalence entre les différents types de GAS mais aussi entre les GAS incluant des contacts « réels » et ceux s’étayant sur des contacts « online ». La généralisation de ces résultats à la pratique courante devra se faire avec prudence en raison de plusieurs limites telles que le manque de données sur l’évaluation des participants (données médico-psychologiques, ancienneté de la douleur, % de douleurs aigues au sein de l’échantillon ?) ou la grande hétérogénéité méthodologique inter études. De plus, il est étonnant de ne pas retenir le catastrophisme comme critère principal d’efficacité au regard de son pouvoir prédictif reconnu, à long terme, sur l’IP et l’ID. Le coût médico-économique global des syndromes douloureux chroniques est aujourd’hui particulièrement élevé. Sur le territoire français, l’accès aux approches psychologiques fondées sur les preuves reste encore très inégal (manque de ressources humaines, personnel non formé, isolement géographique, etc.). Cette méta-analyse montre le rôle pouvant être joué par les GAS pour faciliter et diffuser cet accès au-delà des structures spécialisées dans la prise en charge des douleurs chroniques pour espérer à terme une diminution de leur coût médico-économique.

Reference

Liegl G, Boeckle M, Leitner A, Pieh C.
A meta-analytic review of brief guided self-help education for chronic pain. Eur J Pain 2016: in press.

Auteur

Franck Henry

Psychologue CHU Dupuytren Centre de la Douleur Chronique - Service de Rhumatologie à Limoges Aucun lien d’intérêts