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Douleurs : Evaluation - Diagnostic - Traitement

Quand la bouche brûle !

2.01
mai 2015
Céphalées et douleurs orofaciales

La stomatodynie idiopathique est définie par l’IASP comme « une brûlure buccale continue ou une douleur similaire en l’absence de changements muqueux détectables », durant plus de 2 heures par jour, depuis plus de 3 mois, sans autres diagnostics susceptibles d’expliquer l’affection. Les facteurs associés aux sensations douloureuses buccales (stomatodynie secondaire) sont classés en trois catégories : facteurs locaux (xérostomie, infections orales, ulcérations, parafonctions, stomatites allergiques), systémiques (endocriniens, carences vitaminiques, causes médicamenteuses, hypo-salivation dans certaines maladies auto-immunes) et psychologiques (troubles anxio-dépressifs, cancérophobie). Avec une prévalence de 0,5 %, elle augmente chez les femmes (notamment au terrain anxio-dépressif), et avec l’âge. Elle apparaît progressivement (parfois en lien avec un évènement de vie difficile, un soin dentaire ou une maladie), est diurne, ne réveille pas, diminue avec les repas, augmente avec l’ingestion de certains aliments, et altère le goût. La sécheresse salivaire est présente chez 46 à 67 % des patients. Une rémission peut se produire spontanément (3 % des patients), en moyenne 5 ans après le début des symptômes. Des comorbidités de l’appareil masticateur ou de la région céphalique et scapulaire sont rapportées. La qualité de vie est altérée, avec un handicap fonctionnel et une répercussion thymique non négligeables. De nombreux résultats contradictoires ont été publiés quant à l’étiopathogénie. Il n’a pas été établi de lien causal formel avec les troubles anxio-dépressifs. La diminution du volume salivaire total peut être un facteur déterminant dans certaines études, de même que les modifications qualitatives de la salive (protéines, pH, électrolytes différents). La présence ou non de neuromédiateurs algogènes, d’algomodulateurs et de stéroïdes liés au stress (cortisol, DHEA) n’est pas non plus toujours significativement liée à la stomatodynie. Selon un autre concept, la douleur résulterait d’une altération gustative, avec une inhibition tonique du VII (gustatif) sur le V (somesthésique et nociceptif) et des seuils gustatifs plus élevés chez les patients souffrant de stomatodynie. Par contre, il a été clairement démontré l’existence de changements neuropathiques, avec : des neuropathiques périphériques des petites fibres, des pathologies du système lingual mandibulaire ou trigéminal et, des douleurs centrales liées à un hypofonctionnement des neurones dopaminergiques. En période de ménopause, la chute hormonale entraînerait une modification de la production de stéroïdes et donc une neurodégénérescence des petites fibres nerveuses. Le traitement est complexe et peu efficace ; il n’y a pas de gold standard. Les thérapies cognitivo-comportementales, le clonazépam et l’acide alpha-lipoïque associé à la gabapentine ont fait leur preuve dans certaines études. D’autres molécules ont un effet plus limité : la capsaïcine (en bain de bouche), la benzydamine, la trazadone, l’Hypericum Perforatum. Des études ont montré l’efficacité de certains anti-dépresseurs : la paroxétine, la sertraline, la duloxétine et l’amisulpride (un anti-psychotique atypique). Stomatodynie et désarroi chez les patients vont de pair, avec la perspective de recherches à poursuivre pour mieux comprendre et traiter cette pathologie.

Reference

Boucher Y, Descroix V.
Stomatodynie idiopathique. Douleurs. 2015;16:86-98.

Auteur

Lauriane Fourel

Centre d'Evaluation et de Traitement de la Douleur - Centre Hospitalier Bayeux Structure Douleur Chronique - Centre de Lutte Contre le Cancer François Baclesse Caen Invitations en qualité d'auditeur (Mundipharma, Astellas, Grünenthal)