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European Journal of Pain

Quand le dos brule !

3
juin 2016
Douleurs rachidiennes

Les douleurs de lombalgie chronique sont complexes, elles peuvent être à la fois nociceptives et neuropathiques. Les auteurs ont réalisé une revue narrative sur ces douleurs neuropathiques et leurs prises en charge. 
Celles-ci concerneraient 16-55% des patients avec lombalgie chronique. Le pronostic des patients avec douleur neuropathique serait moins bon (tableau clinique plus grave, plus de comorbidités, altération plus marquée de la qualité de vie) et les dépenses de santé seraient plus importantes. Il semble donc indispensable de diagnostiquer ces douleurs et de les traiter spécifiquement. 
Les douleurs neuropathiques sont à distinguer des douleurs nociceptives qui proviennent du rachis ou des muscles et fascia thoraco-lombaire et peuvent induire des douleurs référées (douleur ressentie dans une région différente de celle où a lieu la stimulation nociceptive). Ces douleurs référées sont liées au traitement central de la douleur et ne relèvent donc pas de mécanismes neuropathiques. La composante neuropathique de la lombalgie peut être liée à plusieurs mécanismes : neuropathies focales liées à des lésions des rameaux nerveux au niveau du disque dégénératif, compression mécanique de la racine nerveuse ou encore inflammation causée par la dégénérescence discale. Son diagnostic passe par un interrogatoire et examen clinique précisant la distribution anatomique de la douleur et recherchant des signes sensitifs ou moteurs associés. Plusieurs outils ont été développés pour faciliter l’identification de ces douleurs. Le PainDETECT et le StEP sont des questionnaires validés dans la lombalgie pour le dépistage des douleurs neuropathiques. Le DN4 a également une haute sensibilité et spécificité pour la détection de cette composante neuropathique. 
Une fois diagnostiquées, ces douleurs peuvent faire l’objet d’une prise en charge spécifique. Cependant si l’efficacité des thérapeutiques spécifiques des douleurs neuropathiques est bien connue pour la douleur post zostériennes ou la neuropathie diabétique, dans la lombalgie peu d’études existent. De plus, les sites lésionnels étant spécifiques dans la lombalgie (en amont du ganglion de la racine dorsal) une différence d’efficacité est également probable. Les traitements des douleurs neuropathiques (antidépresseurs, antiepileptiques…), n’ont qu’une efficacité modeste dans la lombalgie chroniques mais les études n’ont pas spécifiquement sélectionné des patients avec une composante neuropathique. Les traitements locaux (emplâtres de lidocaïne 5% et la capsaïcine 8%) pourrait être intéressants car ils limitent les risques d’effets indésirables et d’interactions médicamenteuses. L’utilisation de traitement ayant une efficacité sur la douleur nociceptive et neuropathique (ex Tapentadol) est à considérer afin de ne pas multiplier les traitements oraux et augmenter le risque d’effets indésirables. Il existe peu d’études évaluant la composante neuropathique de la lombalgie pourtant son traitement semble indispensable à prendre en compte pour améliorer la prise en charge de nos patients en choisissant des thérapies adaptées à la composante nociceptive et/ou neuropathique.

 

Reference

R. Baron, A. Binder, N. Attal, et al.
Neuropathic low back pain in clinical practice. Eur J Pain 2016;20:861-73.

Auteur

Alexandra Menet

Service d'anesthésie, CHU Rennes