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PAIN

S’attacher aux autres quand ça fait mal : bonne ou mauvaise idée ?

3
octobre 2018
Psychologie de la douleur

La théorie de l’attachement est une approche intéressante du développement psychoaffectif de l’enfant. Elle permet d’éclairer, une fois devenu adulte, le recours ou non à des stratégies d’adaptation (coping) face à la douleur chronique orientées vers la recherche de soutien social (SS). Les profils d’attachement élaborés précocement au contact des figures parentales correspondent à différents comportements prosociaux et schémas cognitivo-émotionnels associés. Ils influencent la perception du SS disponible ou reçu ainsi que les réponses comportementales au SS effectivement apporté.

Deux profils d’attachement insécure (PAI) ont été identifiés par la littérature comme étant fréquemment associés à un déficit en coping fonctionnel face à la douleur chronique ainsi qu’à des niveaux plus importants d’intensité douloureuse et d’incapacité perçue. L’attachement évitant (PAE) est caractérisé par un investissement superficiel et à très court terme dans les relations amicales ou amoureuses, l’évitement de toute proximité émotionnelle et une grande importance accordée à l’autonomie. L’attachement anxieux (PAA) est marqué quant à lui par un sentiment de vulnérabilité, une peur chronique de l’abandon parfois associée à de l’agressivité à l’égard des conjoints et naturellement à une très grande dépendance à autrui.

Pour mieux comprendre les relations unissant le SS, les PAI et la perception douloureuse, les auteurs de cette étude se sont intéressés à la vie quotidienne d’un échantillon de 109 patients souffrant du VIH avec des douleurs chroniques associées. Tous les participants suivaient une thérapie antirétrovirale et consultaient régulièrement dans une clinique spécialisée pour le traitement de leur VIH. A l’inclusion, ils devaient compléter deux auto-questionnaires orientés vers les PAI et leur perception en terme de SS accessible dans l’immédiat. Puis, pendant une semaine et à raison de 3 fois par jour (à des horaires aléatoires chaque jour), ils remplissaient une série d’auto-questionnaires (via un smartphone dédié à cet usage avec notifications), mesurant : leur intensité douloureuse, le SS effectivement reçu face à leur pathologie ainsi que celui ressenti en termes d’acceptation par autrui de leur état et de soutien perçu face à la maladie. Le traitement statistique des données ainsi recueillies montre que le SS reçu comme ressenti était associé à des réductions d’intensité douloureuse pendant l’expérience du SS comme après. Les différences interindividuelles pour le SS ressenti n’ont pas eu d’incidence significative sur l’évolution de la perception douloureuse. Enfin, les sujets présentant les PAE les plus marqués étaient ceux qui rapportaient les intensités douloureuses moyennes les plus élevées. Aucun des profils d’attachement étudiés ici ne venaient modérer la relation unissant le SS reçu à l’intensité douloureuse. Cependant, le PAE venait bien modérer la relation unissant le SS ressenti à l’intensité douloureuse. Les hommes qui présentaient les PAE les plus importants étaient ceux qui profitaient le plus des effets du SS ressenti sur la diminution de la perception douloureuse. Néanmoins, leur niveau d’intensité douloureuse n’atteignait pas celui retrouvé chez les participants où le PAE était moins marqué et cela indépendamment du niveau de SS ressenti.

Pour une meilleure antalgie quotidienne et durable des patients VIH aux PAE les plus importants, ces résultats encouragent le développement d’une approche biopsychosociale associant une psychothérapie individuelle à différents dispositifs groupaux : entraide (mouvement associatif), psychothérapie systémique et/ou comportementale et cognitive (TCC) orientée vers la gestion de la douleur chronique comportant une participation active de l’entourage avec un entraînement aux habiletés sociales.

Reference

Crockett KB, Turan B.
Moment-to-moment changes in perceived social support and pain for men living with HIV: an experience sampling study. Pain 2018: in press,

Auteur

Franck Henry

Psychologue CHU Dupuytren Centre de la Douleur Chronique - Service de Rhumatologie à Limoges Aucun lien d’intérêts