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Frontiers in Neuroscience

Scoop : quand le mariage du TENS et de la rTMS fait naître la tDCS !

3
mai 2016
Douleurs neuropathiques

Samar Ayache et Jean-Pascal Lefaucheur ont récemment publié une étude visant à évaluer l’efficacité de la stimulation transcrânienne à courant direct (tDCS) sur les douleurs neuropathiques de patients atteints de sclérose en plaques. La stimulation visait le cortex préfrontal dorsolatéral. L’étude était contrôlée par des séances « shame », chaque patient (16 au total) recevant deux cures de 3 jours de stimulation à 3 semaines d’intervalle. L’ordre des cures, « shame » ou « anode active » était randomisé pour chaque patient et non communiqué au patient ni à l’investigateur. Cette technique proche de la rTMS (résonnance magnétique transcrânienne) a pour avantage majeur la légèreté et la facilité d’utilisation de son dispositif. Là où la rTMS nécessitait une IRM de neuro-navigation, une salle dédiée à recevoir le générateur (volumineux) de champs magnétiques pulsés et le bras portant la bobine, la tDCS se résume à un simple casque souple sur lequel sont positionnées des électrodes et dans lequel est intégré un générateur électrique comparable à un boîtier de TENS. Son utilisation serait donc aussi simple que celle du TENS. En autonomie ? À domicile ? À la demande ? Ses indications seraient-elles aussi larges que celle de la rTMS (douleurs neuropathiques centrales ? Sensibilisation centrale à la douleur ? Syndrome douloureux diffus ? Douleurs neuropathiques périphériques ? Syndrome dépressif ?) ? À voir… L’étude a permis de montrer une diminution statistiquement significative sur l’intensité douloureuse (critère principal d’évaluation : EVA et BPI global scale). En revanche elle n’a pas permis de mettre en évidence de différence sur les objectifs secondaires, à savoir l’humeur, la fatigue et l’attention. Comme pour toutes les techniques de neurostimulation la séquence « shame » est toujours discutable et la notion de double aveugle fragile. Dans cette étude les patients étant leur propre contrôle il est difficile d’admettre qu’ils n’aient pas pu faire la différence entre les deux types de stimulation. Par ailleurs, le positionnement de l’anode en regard du cortex préfrontal dorsolatéral, (repère F3 de l’EEG) a été choisi selon les conclusions de la littérature sur la forte implication de cette zone cérébrale dans les circuits de la douleur mais également de la fatigue, de l’attention et de la dépression. Le lien clinique entre ces différents symptômes ou comorbidités étant reconnu par de nombreux praticiens. En l’absence de contrôle par imagerie cérébrale comment peut-on attester d’une action ciblée sur la zone à stimuler ? Comme pour la rTMS avant l’apparition de la neuro-navigation couplée, la précision du « tir » reste à perfectionner. En ce qui concerne le critère d’évaluation principal, si la diminution de l’EVA est statistiquement significative, elle l’est beaucoup moins sur le plan clinique : diminution de 10/100 à J3 et seulement 8/100 à J7. Les auteurs rapportent également des effets secondaires non négligeables (nausées 5/16, insomnies 6/16, céphalées sévères 3/16). On peut se demander alors si c’est la technique qui est en cause ou la zone de stimulation. On peut également se poser la question du rapport bénéfice/risque. Quoi qu’il en soit, cette technique mérite d’être plus largement explorée. La portabilité du dispositif et la facilité d’utilisation laisse une porte grande ouverte à de nombreuses applications thérapeutiques notamment dans le domaine des douleurs chroniques. Elle permettrait notamment de proposer une neurostimulation centrale non invasive accessible aux patients fragiles notamment alités. Reste à définir les cibles les plus pertinentes à stimuler et à perfectionner le moyen de les atteindre avec précision.

Reference

Ayache SS, Palm U, Chalah MA, et al.
Prefrontal tDCS Decreases Pain in Patients with Multiple Sclerosis. Front Neurosci 2016;10:147.

Auteur

Amélie Levesque

Consultations d' Algies pelvipérinéales, service d'urologie CHU Nantes