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European Journal of Pain

Se regarder le (nombril) dos est antalgique !

3
avril 2016
Douleurs rachidiennes

La visualisation de leur rachis lors de mouvements répétés de la colonne lombaire chez les patients lombalgiques chroniques permet une réduction de la douleur au mouvement. Dans cette étude, le « feedback » visuel a été évalué afin de déterminer si, seul, il peut réduire l’intensité douloureuse dans la rachialgie chronique.
Étude monocentrique en cross-over, 19 patients souffrant de rachialgie chronique ont été inclus. Sur 5 jours différents les patients ont eu dans un ordre aléatoire soit une séance de « feedback » visuel avec la vidéo de leur propre dos, soit les situations contrôles : regarder un objet neutre (livre), regarder une vidéo du dos d’une autre personne du même sexe, regarder une photo de leur propre dos, et garder les yeux fermés. À chaque session, les participants ont évalué l'intensité douloureuse (échelle numérique de 0 à 10) avant et après chaque mise en situation.
La visualisation d’une vidéo de leur propre dos a permis une diminution significative de l’intensité douloureuse (p = 0,006). La comparaison entre le « feedback » par vidéo et les autres situations montre que l’usage de la vidéo a un impact significatif comparé aux autres situations (p < 0,05) dans la réduction de l’intensité douloureuse, sauf pour la situation « yeux fermés » (p = 0,092).
Ces résultats suggèrent que le « feedback » vidéo du rachis dans un contexte de rachialgie chronique permettrait de diminuer l’intensité douloureuse. La rachialgie chronique est une pathologie douloureuse très fréquente. Aujourd’hui la prise en charge multimodale selon le modèle biopsychosocial prévaut, mais il semble toujours intéressant de trouver de nouvelles techniques simples, susceptibles d’apporter une amélioration sur l’intensité de la douleur. 
Cette étude, intéressante, suggère que le « feedback » avec vidéo permet de diminuer significativement l’intensité douloureuse. La technique de « feedback » visuel avec vidéo est simple, le patient est allongé en procubitus et regarde la vidéo de son dos qui est projetée sous la table. De plus, dans l’expérimentation présentée le patient n’a eu qu’une minute de « feedback » avec, malgré ce laps de temps court, un effet sur l’intensité douloureuse. 
Plusieurs critiques cependant, d’une part la vidéo n’est pas significativement différente de la même expérience avec les yeux fermés, on peut donc légitimement se demander si la mentalisation n’est pas aussi efficace et techniquement plus facile à mettre en place. D’autant qu’un article récent (Fardo F, Allen M, Jegindø EM, et al. Neurocognitive evidence for mental imagery-driven hypoalgesic and hyperalgesic pain regulation. Neuroimage 2015;120:350-61.) suggère que le contenu d'une image mentale modifie directement le traitement évaluatif que le patient fait de la douleur pour produire de manière flexible des résultats hypoalgésiques et hyperalgésiques. D’autre part, l’intensité douloureuse moyenne de la rachialgie chez les patients, après le « feedback » vidéo, n’est diminuée que de moins d’un point sur 10, ce qui n’est pas cliniquement pertinent. Enfin, il s’agissait d’une étude de preuve de concept et il conviendra évidemment de réaliser cette étude à plus grande échelle et surtout sur un moyen terme afin de mesurer à quelle fréquence le « feedback » doit être refait et surtout si son effet est épuisable dans le temps.

 

Reference

Diers M, Löffler A, Zieglgänsberger W, et al.
Watching your pain site reduces pain intensity in chronic back pain patients. Eur J Pain 2016;20: 581-5.

Auteur

Anne-Priscille Trouvin

Service de rhumatologie, Hôpital Cochin, Paris