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PAIN

TCC et douleur chronique : quid des bénéfices secondaires… Pour notre portefeuille !

3
mars 2016
Physiopathologie de la douleur

Les répercussions psychologiques des syndromes douloureux chroniques participent au nomadisme médical : multiplication des consultations médicales et/ou paramédicales (CMP), prescriptions de nombreux examens, traitements et consommation d’antalgiques (CA). Derrière tous ces actes se cachent un coût médico-économique important bien qu’encore difficile à chiffrer avec exactitude. Les dernières méta-analyses concernant la mesure de l’efficacité des thérapies comportementales et cognitives (TCC) auprès de patients souffrant de douleurs chroniques non cancéreuses ont montré des bénéfices sur l’humeur, l’incapacité perçue et le catastrophisme. Peut-on en déduire des effets similaires sur le retour au travail (RT), le nombre de CMP et la CA ? Pour répondre à cette question, les auteurs de cet article ont repris les études incluses dans deux méta-analyses publiées en 2009 et 2012 en y ajoutant leur propre méta-analyse qui s’est appuyée sur quatre bases de données (dont la Cochrane) couvrant la période de janvier 2011 à janvier 2015. Ils ont retenu les études comparatives randomisées avec groupe contrôle (traitement usuel, autre traitement actif, liste d’attente) de bonne qualité méthodologique (notamment selon plusieurs critères recommandés par la Cochrane) présentant les particularités suivantes (outre la mention des CMP, de la CA et du RT en pré puis post TCC) : population adulte (céphalalgies exclues), psychothérapie menée par un psychologue et un échantillon d’au moins 10 sujets dans chaque groupe à la fin des traitements. Sur ces critères, 18 études ont été retenues (dont 16 européennes !) ; soit 2 253 participants dont 74 % de femmes pour un âge moyen de 46 ans. Ils souffraient depuis en moyenne 4 ans et principalement de lombalgie, cervicalgie et/ou fibromyalgie. Les TCC recoupaient les thérapies comportementales et/ou cognitives, la thérapie d’acceptation et d’engagement (ACT) et la thérapie de réduction du stress par la méditation de pleine conscience (MBSR). Leurs résultats retrouvent pour 15 études le nombre de CMP comme critère d’efficacité. Sur ces 15 études, une taille d’effet moyenne sur la diminution de cette variable a été retrouvée pour neuf études (900 sujets). Cet effet apparaît supérieur à celui retrouvé dans des méta-analyses antérieures concernant les patients lombalgiques. Aucune différence statistiquement significative n’a pu être retrouvée pour les deux études intégrant la CA ou le RT (neuf études). Pour le RT, ce résultat contredit celui retrouvé dans une des méta-analyses précédemment citées. Les auteurs regrettent le manque de données actuelles sur ce sujet et la grande hétérogénéité des méthodes d’évaluation utilisées ; ce qui explique probablement leurs résultats en demi-teinte. Les prochaines études d’efficacité sur les TCC devront intégrer ces variables d’autant qu’elles sont fréquemment contractualisées avec les patients en tant qu’objectifs thérapeutiques : s’autonomiser dans la gestion de sa santé, diminuer sa CA (surtout quand il s’agit d’opioïdes pris au long cours !) et maintenir ou retrouver un travail. Cependant, certaines variables socio-économiques (ressources financières, pénibilité et organisation du travail) et psychosociologiques (ressources sociales et soutien social perçu au travail, satisfaction et motivation, importance du travail comme activité valorisée, etc.) ne peuvent être améliorées par la TCC… Ce qui nous rappelle l’importance d’une collaboration bio-psycho-sociale de qualité autour du patient douloureux chronique.

Reference

Pike A, Hearn L, de C Williams AC.
Effectiveness of psychological interventions for chronic pain on health care use and work absence: systematic review and meta-analysis. Pain 2016;157:777-85.

Auteur

Franck Henry

Psychologue CHU Dupuytren Centre de la Douleur Chronique - Service de Rhumatologie à Limoges Aucun lien d’intérêts