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Journal of Contextual Behavioral Science

TCC versus ACT : que choisir ? Les deux mon Colonel !

2.01
avril 2016
Psychologie de la douleur

L’efficacité de la thérapie comportementale et cognitive (TCC orientée douleur) auprès des patients douloureux chroniques est aujourd’hui bien documentée dans la littérature. Cette TCC a comme objectif principal de lutter, par l’apprentissage de stratégies d’adaptation (coping) actives et fonctionnelles, contre trois facteurs d’entretien de la douleur : son anticipation anxieuse, le catastrophisme et les évitements comportementaux. Plusieurs travaux se sont interrogés sur les patients peu ou pas répondeurs. Le fonctionnalisme contextuel (« soi comme contexte ») propose une réponse en mettant en cause l’inflexibilité psychologique qui limiterait le recours à des copings fonctionnels face à la douleur. La thérapie d’acceptation et d’engagement (ACT, Acceptance and commitment therapy) est issue de ce nouveau paradigme cognitivo-comportemental où l’objectif n’est pas de travailler directement sur ces facteurs d’entretien (comme c’est le cas en TCC) mais de diminuer l’activation des comportements de lutte/contrôle face à la douleur et ses conséquences cognitivo-émotionnelles au profit de comportements orientés vers les valeurs existentielles (acceptation active). Les études comparatives randomisées publiées ne montrent pas de différence significative en termes d’efficacité entre TCC et ACT. Sur cette question, l’auteur de cette publication a remarqué que peu d’études avaient été dédiées aux anciens combattants alors que près de 50 % d’entre eux, consultant dans un centre médical spécialisé pour vétérans, souffrent de douleurs chroniques non cancéreuses. Il a donc proposé une psychothérapie groupale à 96 de ces sujets, consultant en 2009-2010 pour des douleurs chroniques d’origine idiopathique. Après leur avoir présenté les objectifs, principes et outils généraux de chaque intervention, il leur a demandé de choisir entre un groupe ACT (10 séances d’1 h) ou TCC (12 séances d’1 h). Soixante-dix-sept pour cent de l’échantillon était âgé entre 45 et 65 ans et était constitué à 90 % d’hommes, pour la plupart afro-américains. À l’inclusion puis à la fin de chaque psychothérapie, à l’aide d’auto-questionnaires, tous les participants étaient évalués sur les variables suivantes : disposition au changement, intensité douloureuse et retentissement sur la vie quotidienne, incapacité perçue, copings face à la douleur, catastrophisme et détresse psychologique. Une bonne homogénéité intergroupe était retrouvée à l’inclusion. Soixante-dix-neuf pour cent, 55 % et 32 % des participants présentaient respectivement : un trouble somatoforme, un épisode dépressif majeur et un trouble anxieux sans différence significative en termes de représentativité au sein de l’échantillon. Par ailleurs, les niveaux moyens d’incapacité perçue et de catastrophisme étaient cliniquement significatifs. Au terme des deux psychothérapies, il a été retrouvé les tailles d’effet suivantes : large sur la détresse psychologique, modérée sur le catastrophisme et de modérée à large pour le recours aux copings dysfonctionnels (comportements d’évitement). Aucune différence significative intergroupe n’est ainsi retrouvée. Cette recherche conforte les résultats de la littérature à l’aide d’une méthodologie triplement originale : la sous-population douloureuse chronique étudiée, l’absence de critère d’exclusion associée à une non randomisation entre les groupes (donner le choix n’affecterait ni la compliance ni l’efficacité du traitement…). Avec de nombreux biais limitant la portée de ces résultats, elle ouvre pour autant la voie à davantage de pratiques cliniques combinant TCC et ACT, d’emblée ou en séquentiel ainsi qu’à une meilleure compréhension de leurs effets.

Reference

Cosio D.
Practice-based evidence for outpatient, acceptance & commitment therapy for veterans with chronic, non-cancer pain. Journal of Contextual Behavioral Science 2016;5:23-32.

Auteur

Franck Henry

Psychologue CHU Dupuytren Centre de la Douleur Chronique - Service de Rhumatologie à Limoges Aucun lien d’intérêts