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The Journal of Headache and Pain

Un peu de toxine botulinique pour les algies vasculaires de la face ?

2.01
septembre 2018

L’algie vasculaire de la face (AVF) est un trouble de la famille des céphalées primaires bien défini aujourd’hui, et touche principalement les hommes (2.3-3 hommes pour une femme). Cette affection, quoique rare (50-300 pour 100 000  selon les études) se présente sous forme chronique sans période de rémission chez près de 20% des patients atteints. Les options thérapeutiques actuelles sont limitées et cela conduit hélas souvent à une surconsommation médicamenteuse.

Actuellement l’approche par toxine botulinique de type A (BoNT-A) a montré des effets positifs sur le traitement des migraines. Cette étude a pour but d’apprécier le bénéfice de cette technique sur des patients présentant des AVF réfractaires selon les critères de la déclaration de consensus de la European Headache Federation (EHF). Le critère de jugement principal était d’évaluer au bout de 24 semaines un seuil d’amélioration de 50% ou plus sur le nombre de jours de céphalées ainsi que la durée de celles-ci en minutes. Le critère secondaire évaluait le temps de réduction en minutes compris entre 30-50%, la modification de l’intensité de la douleur, l’impact sur les score HIT-6 et HADS et la consommation médicamenteuse prophylactique et quotidienne.

Cette étude  monocentrique a été réalisée de manière non randomisée en ouvert sur des patients masculins selon le protocole de l'étude de phase 3 RE-Research Evaluating Migraine Prophylaxis Therapy (PREEMPT) avec injection de BoNT-A sur deux cycles espacés de 12 semaines.  Un journal de céphalées standardisé a été utilisé, incluant la fréquence (jours / mois), la durée des attaques (min / attaques / jour) et l'intensité de la douleur (échelle de notation numérique). La durée de la douleur a été mesurée à l'aide d'un chronomètre (commercial ou avec un chronomètre de téléphone portable). Pour évaluer l'impact sur la qualité de vie, les patients ont été invités à remplir le test d'impact des céphalées (HIT-6) en six points et l'échelle de l'anxiété et de la dépression (HADS).

Au total, après évaluation des critères de sélection, 17 patients de sexe masculin ayant un TCH, âgés de 32 ± 11 ans (moyenne ± ET) avec une durée moyenne de la maladie de 6,6 ans ont terminé l’étude et ont reçu un traitement initial par BoNT-A.
58,8% des patients ont présenté une réduction de 50% ou plus du nombre de crises ainsi que de la durée de celles-ci. 29,4% ont connu une amélioration de 30 à 50%. La fréquence moyenne des jours de céphalées est passée de 28,2 à 11,8 jours à la semaine 24 ( p  = 0,0001; IC à 95% -21,33 à -11,61). L'intensité des crises restantes a également été considérablement réduite. Les scores d’impact sur la qualité de vie du aux céphalées ont montré une tendance à l'amélioration après BoNT-A. Enfin, il a été observé une diminution d’au moins 50% de la consommation médicamenteuse chez 9 patients sur 17.

L’intérêt de cette étude est d’ouvrir la porte vers l’intégration d’alternatives thérapeutiques préventives dans un contexte de surconsommation médicamenteuse avec des molécules parfois à fort pouvoir iatrogène tel que le lithium. L’étude présentée ici repose sur une courte durée d’évaluation comparativement au protocole PREEMPT étalé sur 56 semaines dans un contexte de migraine et non d’AVF. L’étude souffre aussi d’une faible puissance et de biais méthodologique mais malgré cela les résultats sont encourageant et vont dans le sens des Cases reports sur le même sujet. L’objet à long terme sera d’établir des protocoles plus stricts avec un plus grand nombre de participants sur des périodes plus étendues, afin de donner une meilleure légitimité à cette indication thérapeutique.  

Reference

Lampl C, Rudolph M, Brautigam E.
OnabotulinumtoxinA in the treatment of refractory chronic cluster headache. J Headache Pain. 2018 June.

Auteur

Dr. Pierre-Henri Planquelle