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The Clinical Journal of Pain

Une antalgie online pour que bonheur et douleur puissent (enfin) rimer ensemble !

3
janvier 2018
Psychologie de la douleur

En 2015, les auteurs de cette publication présentaient l’évolution particulièrement favorable de 5 patients douloureux chroniques (PDC) ayant bénéficié d’une psychothérapie positive (PP). Les lecteurs retrouveront l’analyse de cet article, publiée en avril 2015 sur notre site (Flink IK and al. Scand J Pain 2015;7:71–79). Leur nouvelle étude sur ce sujet est cette fois comparative, prospective et randomisée auprès d’un échantillon de 276 PDC souffrant de douleurs musculo-squelettiques. Le profil moyen correspondait à une femme âgée de 48 ans et atteinte par la fibromyalgie depuis 12 ans. Etaient exclus de cette recherche les PDC souffrant de troubles psychiatriques diagnostiqués sur les trois derniers mois et/ou d’affections neurodégénératives. Les bénéficiaires d’une prise en charge biopsychosociale de la douleur, sur les trois derniers mois, étaient également exclus. Tous les participants étaient aléatoirement assignés à l’une des trois conditions suivantes : PP online (PPo), TCCo (thérapie comportementale et cognitive orientée vers la gestion de la douleur chronique) online ou liste d’attente. Ils complétaient différents auto questionnaires évaluant de nombreuses variables médico-psychologiques à l’inclusion, au terme de chaque intervention puis 6 mois après leur fin (post suivi). Seule l’incapacité perçue, la dépression et le bonheur ont été retenus comme critères principaux de jugement. Chaque intervention comportait 8 modules thérapeutiques accessibles, successivement, pendant 8 semaines (1 semaine = 1 module) et s’accompagnait de tâches à domicile. Les objectifs généraux de la PPo étaient le développement de la compassion pour soi-même, des émotions positives et de l’optimisme. Les auteurs ont repris 3 des 4 exercices de PP utilisés dans leur précédent programme (présentés dans l’analyse d’avril 2015). Après une revue rigoureuse de la littérature concernant l’efficacité des exercices de PP actuellement pratiqués, ils ont ainsi substitué le quatrième («réinterprétation des situations négatives») à la tenue d’un agenda des événements agréables et à l’exposition, pendant certaines pratiques méditatives (« mindfulness »), à des souvenirs agréables («savouring»). Les résultats de cette étude montrent qu’à l’inclusion 23% des sujets du groupe PPo s’autoévaluaient comme très heureux contre 58% au terme de la psychothérapie et 49% lors du post suivi. Au terme des psychothérapies, comme en post suivi, un effet significatif est retrouvé pour les deux interventions sur la dépression et le bonheur, sans différence significative entre les groupes. Cet effet est significativement supérieur à celui retrouvé pour le groupe contrôle. La taille de cet effet est large pour les deux interventions. Ce résultat se retrouve pour la plupart des critères secondaires avec une taille d’effet modérée cette fois. Enfin, les PDC présentant les niveaux éducatifs les plus élevés répondaient plus favorablement à la PPo comparativement à la TCCo. L’effet inverse est retrouvé pour les sujets les moins éduqués. Ce dernier résultat est en accord avec ceux de la littérature concernant des sujets non douloureux. Cette étude est la seconde publiée sur cette population. Elle demeure la première démontrant un effet statistiquement significatif d’une PP, non orientée vers la gestion de la douleur de surcroit, sur de nombreuses variables médico-psychologiques à son terme comme en post suivi. Dans l’attente de confirmations ultérieures, les auteurs recommandent cependant d’associer ces techniques à celles utilisées au cours d’une TCC orientée vers la gestion de la douleur chronique. La littérature ayant démontré à ce jour un intérêt particulier dans la prévention des rechutes.

Reference

Peters ML, Smeets E, Marion Feijge M and al. Happy Despite Pain. A Randomized Controlled Trial of an 8-Week Internet-delivered Positive Psychology Intervention for Enhancing Well-being in Patients With Chronic Pain. Clin J Pain 2017;33:962–975.

Auteur

Franck Henry

Psychologue CHU Dupuytren Centre de la Douleur Chronique - Service de Rhumatologie à Limoges Aucun lien d’intérêts