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Head & Neck

Une mucite ? Prenez donc une petite douceur buccale !

3
avril 2016
Céphalées et douleurs orofaciales

La mucite est une des complications de la radiothérapie ORL. Elle peut représenter un problème majeur car source de douleur, de dénutrition et d’altération de la qualité de vie. Or, sa prise en charge n’est pas toujours très aisée. La MASCC/ISOO a recommandé en 2014 l’utilisation entre autres de la cryothérapie orale, du laser basse fréquence ou de facteurs de croissance des kératinocytes dans la prise en charge de la mucite induite par le traitement des cancers ORL. Le miel a l’avantage d’être beaucoup plus ubiquitaire, simple d’utilisation et économique. Des études lui ont reconnu des propriétés antiseptiques, anti-inflammatoires, et antioxydantes, entre autres. L’objectif de cette méta-analyse est d’évaluer l’efficacité du miel sur la mucite radio-induite, le délai d’apparition de cette dernière, la perte de poids que celle-ci entraîne, ainsi que les interruptions du reste des traitements chez les patients souffrant d’un cancer ORL.
Les auteurs ont retenu huit articles sur 83 trouvés, soit un total de 244 patients. Ce sont toutes des études randomisées, avec groupe contrôle, parues dans les 15 dernières années. Les groupes étudiés utilisaient du miel naturel pur ; les contrôles recevaient du sirop placebo (2), une solution saline (5) ou un placebo actif (anesthésiques locaux, dans trois études). La sévérité des mucites était évaluée par différentes échelles selon les études : OMS, RTOG (Radiotherapy oncology group) ou OMAS (Oral mucositis assessing scale). Dans certains cas, les patients avaient une chimiothérapie concomitante. Ainsi, une étude avec « observateur aveugle » selon un protocole de radiothérapie de 60 Gy sur 6 semaines, a rapporté un risque relatif de mucite sévère grade 3 ou 4 au RTOG de 0,067 dans le « groupe miel » par rapport au contrôle, avec un NNT à 1,47. Les autres études confirment cette tendance. En revanche, la seule en double aveugle ne retrouve pas de différence significative. Trois articles ont évalué le délai d’apparition de la mucite ; deux d’entre eux ont rapporté une survenue retardée dans le « groupe miel » ; pas de différence dans le troisième, la mucite apparaissant vers la troisième semaine du traitement. Un article a mentionné une perte de poids moyenne d’1 kg chez les patients recevant le miel contre 6,3 kg dans le groupe contrôle et une autre a objectivé une prise de poids chez 55 % des patients dans le « groupe miel ». L’interruption des traitements a été décrite dans trois études. L’analyse statistique a objectivé un risque relatif d’arrêt des traitements de 0,11 avec le miel par rapport au contrôle.
Malgré l’hétérogénéité des études dans les traitements (chimio-radiothérapie ou radiothérapie seule, protocoles de radiothérapie, mode d’administration du miel), les groupes contrôle et les objectifs étudiés, ce travail de Co et son équipe a le mérite de reprendre les données les plus récentes sur un problème qui reste très difficile pour les patients et les soignants. Bien que d’autres études méritent d’être réalisées afin de confirmer ces résultats, cet article est intéressant car permet d’envisager en pratique une thérapeutique efficace sur ce type de mucite, facilement accessible et peu onéreuse. Une raison pour ne plus avoir le bourdon !

 

Reference

Co JL, Mejia MB, Que JC, et al.
Effectiveness of honey on radiation-induced oral mucositis, time to mucositis, weight loss, and treatment interruptions among patients with head and neck malignancies: A meta-analysis and systematic review of literature. Head Neck 2016; doi: 10.1002/hed.24431.

Auteur

Bich Dang-Vu

Médecin algologue à l'Unité de Coordination
Douleur
Hôpital Foch, Suresnes